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Gratuité de la Césarienne + Échangeur = Réélection
Yayi Boni veut conserver le pouvoir. Et en face de lui il a un aréopage d’hommes et de femmes qui n'entendent pas laisser passer leur chance et pour qui le règne actuel est vécu comme un sacrifice et une traversée du désert.
Mais farouche est la volonté de Yayi Boni de conserver le pouvoir. Au nom même du refus de la conception sacrificielle de son règne, Yayi n'entend être le mouton blanc de personne. Il se veut être par lui-même et considère qu'il est dans son époque, une époque qui non seulement devrait s'épanouir dans sa durée constitutionnelle légale et inscrite dans les mœurs démocratiques africaines, – celles qui tiennent pour une évidence biblique la jouissance d’un second mandat – mais pourrait se prolonger par toutes sortes d'artifices confiscatoires au-delà de celle-ci. Telles sont les lignes de force de sa volonté de conserver le pouvoir. Il s'agit d'abord du conflit entre une conception formelle de la démocratie et une conception africaine empirique dont l'aventure présidentielle de Nicéphore Dieudonné Soglo constitue l'exception honorable quoique cruelle.
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A JOHANESBOURG SUR « LA DEMOCRATIE EN AFRIQUE : Le cas du BENIN ».
PARTI COMMUNISTE DU BENIN (P.C.B)01 B.P. 2582 Recette Principale Cotonou (Rép. du Bénin) Tél. :21 35 02 95/97 68 88 73 – Site : www.la-flamme.info |
Chers Camarades,
Permettez-moi de remercier les camarades du Parti communiste d’Afrique du Sud de nous avoir invités à ce Forum. Depuis longtemps, nous cherchions à avoir des contacts avec les camarades d’Afrique du Sud, pour échanger avec eux, et nous informer de ce qui se passe dans leur pays. A un moment donné, on s’est demandé si les camarades ne se sont pas repliés sur eux-mêmes, ignorant un peu ce qui se passe dans les autres pays africains, alors que tous les autres peuples se sont investis massivement pour la chute de l’Apartheid. L’initiative de ce Forum vient donc combler ce vide.
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Par OLYMPE BHÊLY QUENUM
Quand, en présence des corps diplomatiques accrédités dans notre pays, le général Mathieu Kérékou, alors président de la République, a eu déclaré: « Je ne veux pas remettre le pouvoir à Yayi Boni »,.ma riposte fut sans ambages sur Internet dans un texte intitulé:
J'EN APPELLE AU PEUPLE DE MON PAYS À DESCENDRE MASSIVEMENT DANS LES RUES. APRES LE PREMIER TOUR ET AVANT LE DEUXIEME TOUR.
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Le Bénin on s’en souvient à initié la formule de la conférence nationale. Cette initiative a sauvé notre pays du gouffre de l’anomie et du désordre sociopolitique créé par les apprentis sorciers de la Révolution socialiste ; ceux-ci s'étant révélés de véritables laveurs de chèque et des fossoyeurs de la nation ont été balayés par le vent de la liberté. En ce qu’elle a jeté les bases du Renouveau démocratique, la conférence nationale a été un succès au Bénin. Et, relayant le discours de la Baule, l'initiative béninoise a fait école en Afrique, à défaut de faire des émules.
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Le riz est l’une des sources d’alimentation quotidienne au Nigeria, et l’organisation de sa mise à disposition, de la culture jusque dans l’assiette du consommateur, est régie par une filière socialement, économiquement, et surtout politiquement sensible. Le jeudi 22 avril, la Nouvelle Tribune a fait état du “Blocage des exportations du riz vers le Nigeria” à partir du Bénin, et de ce que “ Le Gouvernement [béninois prenait]le dossier en main” C’est dire aussi la sensibilité économique et politique inverse que soulève la question du côté béninois. Dans un point d’opinion en réaction à la manière dont le gouvernement béninois a pris les choses en main, et publié dans le même journal, Denis Hodonou, Président du PRPB, critique la méthode Yayi de gestion du dossier ; notamment par le non-respect des procédures administratives, techniques et politiques consacrées. Ce que met en lumière la critique fort pertinente de Denis Hodonou c’est l’irrationalité de la réaction du gouvernement béninois, et in fine la précipitation politique qui, comme toujours chez Yayi Boni, a pris le dessus sur la sérénité technique et rationnelle requise. Au chapitre de cette sérénité et pour la bonne information des Béninois, il est donc utile de faire la lumière sur les raisons qui ont conduit le Nigeria à mettre un coup d’arrêt à cette importation du riz, côté béninois. En clair : Pourquoi le Nigeria Refuse de faire entrer le Riz importé du Bénin ? Cette question, nous l’espérons, peut permettre d’envisager les chances de succès des négociations politiques bilatérales et intergouvernementales susceptibles de débloquer la situation, ; une situation dont le caractère politique de part et d’autres des frontières, faut-il le rappeler, n’est pas de nature à faciliter les choses.
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Réponse au Coup de gueule du Doyen OBQ
Quand on regarde rétrospectivement les conditions dans lesquelles les coups d’état intervenaient jadis au Dahomey ou en Afrique, on ne peut pas ne pas se demander si Yayi Boni n’est pas en train de pousser le pays vers la logique du coup de force. Cette logique a des éléments déterminants bien compris : non-respect ou mépris de la loi, conflits byzantins au sommet de l'État, corruption, blocage du dialogue politique et social, grèves permanentes, déception de l’espérance collective, trahison de la parole donnée, trahison du serment
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25 novembre : Journée Internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Aujourd'hui, est la Journée Internationale pour l'Elimination des violences faites aux femmes. 10 ans après qu'elle a été décrétée par l'Assemblée Générale des Nations-Unies, la situation demeure dramatique. Tous les trois jours dans le monde, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou compagnon. Au Bénin, nous ne disposons d'aucun cadre juridique, ne serait-ce que pour prévenir ces violences et décourager le délit, puisque nous en sommes encore à traiter ces cas de violences sur les femmes comme de banales "disputes conjugales/familiales" à régler en famille.
Tous les trois jours dans le monde, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou compagnon
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Tableau Sommaire de la Situation Sécuritaire du Nigéria
La société nigériane est confrontée ces temps-ci à la détérioration de la situation sécuritaire dans le pays, qui conduit à une prolifération inédite des activités criminelles.
Certaines de ces activités criminelles comprennent le meurtre de haut niveau d'éminentes personnalités aussi bien que des gens ordinaires, les enlèvements en vue de rançon, le vol à main armée, les meurtres rituels et les conflits ethno-religieux.
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Le Nigéria est un pays frère et voisin du Bénin. Nous appartenons au même cordon sous-régional de la coprospérité. Mais dans les faits les deux sociétés ne sont pas aussi ouvertes les unes sur les autres qu’il l’aurait fallu. Ils s’ignorent sans états d’âme et ce pour des raisons linguistiques. C’est cette espèce d’hémiplégie
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| Une jeune fille parmi bien d’autres, vendeuse de rue en Zambie, mars 2007. La Zambie a un taux élevé d’enfants qui travaillent. Plus de 90% des enfants travaillant dans la main d'oeuvre gagnent moins 3 dollars US par mois |
La crise financière pourrait pousser plus de filles vers le travail alors que les familles de plus en plus éprouvées seront contraintes de retirer leurs filles de l’école pour une recherche d’emploi, prévient l'Organisation Internationale du Travail dans un rapport publié le 12 juin à l’occasion de la Journée Mondiale contre le Travail des Enfants.
« La cause profonde du travail des enfants est la pauvreté » a dit Patrick Quinn, l’auteur du rapport.
La pauvreté dans de nombreux pays en développement devrait augmenter, avec les diminutions de l'aide, des transferts de fonds, des recettes d'exportation et des investissements directs étrangers
Déjà, quelque 55 pour cent des 75 millions d'enfants non scolarisés dans le primaire sont des filles, en partie parce que les familles donnent plus d’importance à l’éducation des garçons qu’à celle des filles, affirme le OIT.
Selon l'UNICEF, quand les filles abandonnent l'école, elles sont plus vulnérables à un certain nombre de risques, comme les mariages précoces et les grossesses chez les adolescentes.
Les filles représentent environ 46 pour cent des enfants travailleurs dans le monde entier, avec 53 millions de filles qui, selon les estimations, seraient engagées dans des travaux dangereux tels que l'exploitation minière, la traite ou la prostitution selon un rapport du OIT datant de 2006
Trad Binason Avèkes
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Par CELIA W. DUGGER
Ci-dessus, peint à la main un signe anticorruption à Lusaka, en Zambie. Les Agences enquêtant sur les crimes commis par de puissants hommes politiques ont été mises à mal ou dissoutes et leurs dirigeants ont été licenciés, menacés de mort ou poussés l'exil.
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La lutte contre la corruption dans les nations africaines les plus décisives est en train de s’essouffler, au moment où les agences publiques enquêtant sur les méfaits des hommes politiques puissants sont mises à mal ou sous le boisseau, et ceux qui les mènent sont licenciés, ou font l'objet de menaces de mort ou poussés vers l'exil.
Lire la suite "Reflux de la Lutte contre le Fléau de la Corruption en Afrique" »
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Le Nigeria fête ses 10 ans de gouvernement civil ce vendredi au sortir de presque trente ans d’une dictature militaire ininterrompue qui prit fin le 29 mai 1999.
L’élite politique du plus grand producteur africain de pétrole embouche la trompette pour célébrer l’événement.
Olusegun Obasanjo, un ancien dirigeant militaire qui gagna les élections en 1999 mit fin au statut de paria du Nigeria, ramena la nation la plus peuplée d’Afrique dans la norme internationale, et parvint à négocier en 2005 une remise de dette d’un montant de $18 Milliards (de dollars US)
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MILWAUKEE - Bien que le mouvement des droits civiques ait conféré depuis bien longtemps à Samuel Sallis l'égalité devant la loi, il a attendu toute sa vie, dit-il, ce brin de courtoisie et de respect qui selon lui est censé aller de pair avec cette égalité. Être un homme noir des classes laborieuses et vivant en banlieue signifie ici être largement ignoré, vivre une vie invisible et non reconnue par une grande partie du monde blanc.
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Is it possible to change Benin by continuous political campaign ?
After 3 years of observation and with two years of apprehension ahead, the question is worth asking in order to help understand that it is not enough, by way of assessment of one’s policy, to make the list of construction sites coped with in 3 years.
We must also appreciate the way our society is changing. And this is what becomes of a society in perpetual campaign. It is crossed by a poorly managed contradiction between, on the one hand, the immediate satisfaction of some punctual needs by a government in a permanent campaign, and secondly, the resolution, thanks to the contribution of all, of the problems of the society in terms of structures, institutions, collective practices and social systems.
To keep campaigning, the welfare state spends its "enchanted bag" (to quote a mayor) and the generosity of the "Doctor" continues at the discretion of its moods and impulses, with the encouragement of the local areas in which people organize themselves and compete for thanksgiving ceremonies and marches of support. It is better not to ask about where the money that funds all these incessant demonstrations comes from. Because it’s origin is a common knowledge. It is better simply to note, infortunately, and find a strong indication in the fact that the machinery of communication and the official discourse did not believe they need to communicate, in direction of both leaders and citizens, less popular messages, yet essential, like those advocating more patience, more discipline, more sacrifice. Indeed, to communicate such messages it is necessary to be out of political campaign.
It would have proved necessary to really solve the problems at their roots and in the long term, not just treat their symptoms. It would have been necessary to begin the difficult phase of a methodical, systematic and long run work.
Our change in Benin is so easy, so glorious and triumphant that it raises questions and doubts.
Who does not remember how quickly, on the very evening of his election, Barack Obama moved from the ignited language of campaign to the realism of power managing? Benin, learn and beware.
Abbot André S. Quenum
Trad. Binason Avèkes
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Raisons de (et Solution à) la Crise Financière Américaine
Il y a plus de trente ans de cela, quand j'étais étudiant diplômé en économie, seuls les moins ambitieux de mes camarades de classe demandaient des carrières dans le monde financier. Même alors, les banques d'investissement payaient plus que l'enseignement ou la fonction publique -, certes pas beaucoup plus, et de toute façon, tout le monde savait que la banque était un métier ennuyeux.
Dans les années qui ont suivi, bien sûr, le métier de banquier est devenu tout sauf ennuyeux. Les arrangements et les combines ont fleuri pendant que les échelles de rémunération dans la finance ont explosé, attirant un grand nombre des jeunes parmi les meilleurs du pays (D’accord, pour ce qui est des "meilleurs", ça se discute). Et nous étions assurés que notre secteur financier surdimensionné était la clé de la prospérité.
Mais au vrai, cependant, la finance était devenue le monstre qui dévorait l'économie mondiale.
Récemment, les économistes Thomas Philippon et Reshef Ariell ont fait circulé un document qui aurait pu être intitulé "Essor et Chute de la Banque ennuyeuse " (mais dont le titre effectif était : «Les salaires et le capital humain dans l'industrie financière américaine, 1909-2006"). Dans ce document, ils montraient que la banque en Amérique a connu trois époques au cours du siècle passé.
Avant 1930, la banque était un secteur passionnant mettant en vedette un certain nombre de personnages hors du commun, qui ont bâti des empires financiers géants (dont certains plus tard, se sont révélés fondés sur la fraude). Ce secteur financier de haut vol a présidé à une augmentation rapide de la dette : la dette des ménages en pourcentage du PIB a presque doublé entre la première guerre mondiale et 1929.
Au cours de cette première ère de la haute finance, les banquiers ont été, en moyenne, beaucoup plus payés que leurs homologues dans d'autres industries. Mais la finance a perdu son éclat lorsque le système bancaire s'est effondré pendant la Grande Dépression.
Le secteur bancaire issu de cette chute a été strictement réglementé ; il avait même perdu de ses couleurs d’avant la crise, et était beaucoup moins lucratif pour ceux qui en étaient en charge. Le métier bancaire était devenu ennuyeux en partie parce que les banquiers étaient très conservateurs sur les prêts : l'endettement des ménages, qui avait fortement baissé en pourcentage du PIB pendant la Dépression et la Seconde Guerre mondiale, est resté bien en-deçà des niveaux d’avant 1930.
Aussi étrange que cela puisse paraître, l'ère de la banque ennuyeuse fut aussi une ère de progrès économique spectaculaire de la plupart des Américains.
Après 1980, cependant, le changement de vent politique aidant, la plupart des règles sur les banques ont été levées - et le métier de la banque est devenu à nouveau passionnant. La dette a commencé à augmenter rapidement, pour atteindre à peu près le même niveau par rapport au PIB qu’en 1929. Et l'industrie financière a explosé en taille. Vers le milieu de cette décennie, elle représentait un tiers des profits des entreprises.
Suite à ces changements, la finance est devenue une carrière hautement lucrative, et spectaculairement avantageuse pour ceux qui avaient construit de nouveaux empires financiers. En effet, la montée en flèche des revenus dans la finance a joué un grand rôle dans l’avènement du deuxième âge d'or en Amérique.
Inutile de dire que les nouvelles superstars on cru qu'ils avaient mérité leur richesse. "Je pense que les résultats de notre entreprise, d'où provient l’essentiel de mes richesses, se justifient pleinement", a déclaré Sanford Weill en 2007, un an après qu'il a pris sa retraite de Citigroup. Et bon nombre d'économistes étaient de son avis.
Seules quelques personnes pensaient que ce système financier surdimensionné allait connaître une mauvaise fin. Peut-être le plus notable de ces Cassandre a-t-il été Raghuram Rajan, de l'Université de Chicago, un ancien économiste en chef du Fonds monétaire international, qui lors d'une conférence en 2005 avait fait valoir que la croissance rapide de la finance était susceptible d’augmenter le risque d'un effondrement catastrophique. Mais d'autres participants à la conférence, y compris Lawrence Summers, maintenant à la tête du Conseil économique national, ont tout simplement tourné en ridicule le cri d’alarme de M. Rajan.
Et l’effondrement est arrivé.
Une grande partie de l'apparente réussite de l'industrie financière s’est révélée être une illusion. (Stock Citigroup a perdu plus de 90 pour cent de sa valeur depuis que M. Weill s’est félicité lui-même). Pire encore, l'effondrement du château de cartes financier a fait des ravages dans le reste de l'économie, le commerce mondial et la production industrielle ont effectivement diminué plus rapidement que lors de la Grande Dépression. Et la catastrophe a conduit à des appels à plus de réglementation de l'industrie financière.
Mais mon sentiment est que les décideurs sont encore principalement en train de vouloir réarranger l’organigramme de contrôle bancaire. Ils ne sont pas du tout prêts à faire ce qu'il faut faire, à savoir rendre la banque à nouveau ennuyeuse.
Une partie du problème est qu’une banque ennuyeuse signifie aussi des banquiers et financiers moins rémunérés, pour ne pas dire plus pauvres alors que l'industrie financière a encore beaucoup d'amis en haut lieu. Mais c'est aussi une question d'idéologie : en dépit de tout ce qui s'est passé, la plupart des gens en position de pouvoir continuent d’associer fantaisies financières et progrès économique.
Peuvent-ils être persuadés du contraire? Saurons-nous trouver la volonté de poursuivre les réformes financières décisives ? Sinon, loin d’être un événement ponctuel, la crise actuelle risque au contraire de devenir la forme des choses à venir.
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Les Parents de Catherine Puzey, Parlent de leur Fille

« Elle aimait la vie, et elle aimait les gens », dit Lois, sa mère dans une interview au téléphone. « Elle avait le sens du contact, et savait s’adresser à chaque personne de manière individuelle. »
Lois et Harry Puzey, disent avoir enseigné à Kate et son frère, David, 28 ans, diplômé d’université, à être «citoyen du monde», en leur inculquant l'amour du voyage et le désir de rendre le monde meilleur.
« Lorsque les gens sont sans défense ou opprimés, Kate n’hésitait pas à prendre leur parti » dit Lois Puzey de sa fille. En fin de compte, disent ses parents, « Kate avait la détermination de se battre pour ce qui est juste et défendre les gens sans défense, c’est ça qui l’a perdue »
Les Parents de la jeune volontaire ont indiqué que les autorités en charge de l’enquête ont fait état de deux suspects dans le dossier, mais n’ont pas donné plus de détails. Ils ont tenu à préciser que leur fille n’avait pas été violée ni volée et pensent que sa mort n'était pas dû au hasard ou à des motifs politiques.
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Par Olympe BHÊLY-QUENUM
J’ai entrepris de présenter de lui un portrait en pied en utilisant les articles archivés provenus non seulement des journaux africains, mais de la presse étrangères aussi. Du coup d’Etat militaire du 26 octobre 1972 qui porta au pouvoir le commandant Mathieu Kérékou, jusqu’à la grève illimitée de 1989, qui, officiellement, a sonné le glas du marxisme-léninisme ; au gouvernement de Nicéphore Dieudonné Soglo succéda celui du nouveau Kérékou, de 1996 à 2006, l’ensemble de ses règnes occupe 871 coupures de presse dans mes archives. Ce n’était qu’à partir d’avril 2007 que j’ai commencé de m’intéresser aux méthodes progressivement préoccupantes du président Thomas Boni Yayi, précisément parce qu’au lieu de ya yi qu’Albert Tévoédjrè avait péroré, elles s’avéraient ya wa. 347 coupures de presse d’avril 2007 à mars 2009 ; ce serait une lapalissade que d’en inférer : Record largement battu.
Au nombre des réalités de notre pays que le nouveau chef d’Etat ne comprend pas et ne comprendra jamais, je voudrais en souligner quelques-unes : tant par sa topographie que par la diversité des composantes de sa population et des langues maternelles, le Bénin -comme le Dahomey qu’il était- a des caractéristiques discernables dans le tissu de l’histoire, les pratiques religieuses, les manifestations initiatiques, les trames de la culture, de l’art, voire dans les approches amoureuses ; le chercheur, qu’il soit ou n’est pas aussi un romancier perspicace qui aura su distinguer ces réalités en en observant les acteurs, les décrit avec assez de pertinence afin que s’y reconnaissent les natifs de la région topographiquement concernée ; c’est dire que considérer le Bénin comme une nation centralisée sur laquelle un président retors déciderait de faire main basse est autant une faute, qu’une politique de béotien : le Bénin est un pays centrifuge ; la méconnaissance des spécificités de ces peuples le rend ingouvernable par tout chef d’Etat tenté d’y introduire des idéologies inappropriées ou de faire n’importe quoi en s’imposant par des méthodes relevant du mépris des droits de l’homme et de la dictature. Le manque d’expérience politique aurait pu ne pas être un grand handicap pour le président Boni Yayi : c’est l’absence de flair et de tact, l’obstination dans l’erreur, les ruses enfantines, le mépris pour les peuples qu’il voudrait conquérir en achetant leur conscience qui sont à la source de nombre de ses ennuis.
C’est son droit absolu que d’avoir une croyance religieuse ou d’adhérer à une organisation philosophique ;mais dès lors que le serment prêté conformément à la Constitution stipule aussi le respect des religions traditionnelles, la Constitution exige que le chef de l’Etat ne fasse pas de distinguo ; le portrait en pied de sa personnalité que voici est fait avec des éléments provenus du terrain objectif qu’aucun Béninois n’ignore.
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Par DESMOND TUTU
L'attente de la délivrance d'un mandat d'arrêt contre le président Omar Hassan al-Bashir du Soudan par la Cour pénale internationale place les dirigeants africains en face d’un choix - sont-ils du côté de la justice ou du côté de l'injustice? Sont-ils du côté de la victime ou du côté de l'oppresseur? Le choix est clair, mais à ce jour la réponse de nombreux dirigeants africains n’a été rien moins que honteux.
Parce que les victimes au Soudan sont des Africains, les dirigeants africains devraient être les ardents partisans de l'action menée pour voir les coupables traduits en justice. Pourtant, plutôt que derrière ceux qui souffrent au Darfour, jusqu'à présent les dirigeants africains se sont ralliés derrière celui qui a transformé ce coin d'Afrique en un cimetière.
En réponse à la nouvelle faisant état en Juillet dernier de la volonté de Luis Moreno-Ocampo, le procureur en chef du tribunal, de lancer un mandat d'arrêt contre le président Béchir pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, l'Union africaine a publié un communiqué du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies demandant la suspension de la procédure devant la Cour. Plutôt que de condamner le génocide au Darfour, l'organisation a choisi de souligner sa préoccupation que les dirigeants africains sont injustement montrés du doigt et de soutenir les efforts du Président Bashir pour retarder les procédures judiciaires à son encontre
Plus récemment, le Groupe des 77, une influente organisation de l’ONU composée de 130 États en développement et dont sont membres presque tous les pays d'Afrique, porta le Soudan à sa tête. Cette victoire fut obtenue après que les membres africains eurent approuvé la candidature du Soudan, en dépit de l'imminence des accusations criminelles contre son président.
Je regrette que les accusations contre le président Béchir soient utilisés pour attiser le sentiment que le système de justice - et, en particulier, le tribunal international - est un parti pris contre l'Afrique. La justice est dans l'intérêt des victimes et les victimes de ces crimes sont des Africains. Prétendre que la procédure d'accusation est un complot de l'Occident est humiliant pour les Africains et sous-estime l'engagement pour la justice partie qui fait tâche d’huile sur le continent.
Faut-il rappeler que plus de 20 pays africains ont été parmi les fondateurs de la Cour pénale internationale, et que des 108 pays qui ont adhéré à la cour, 30 sont africains. Que les quatre enquêtes en cours à ce jour soient tous en Afrique n'est pas le fait de procédures basées sur des préjugés – mais plutôt parce que trois des pays impliqués (République centrafricaine, Congo et Ouganda), ont eux-mêmes requis l’intervention du procureur. Seul le cas du Darfour a été déféré au Procureur par le Conseil de sécurité. Le procureur de sa propre initiative, examine les enquêtes en Afghanistan, en Colombie et en Géorgie.
Les dirigeants africains font valoir que l'action de la Cour ne fera qu’entraver les efforts visant à promouvoir la paix au Darfour. Toutefois, il ne peut y avoir de paix véritable et de sécurité tant que les gens au Darfour ne jouissent pas de la justice. Il n'y aura pas de paix parce que justement il n'y a pas eu de justice. Aussi pénible et gênante que puisse être l’administration de la justice, nous avons vu que l'alternative – par laquelle la responsabilité est mise de côté - est encore pire.
La délivrance d'un mandat d'arrêt contre le Président Bashir serait un moment extraordinaire pour le peuple du Soudan - et pour ceux du monde entier qui en sont venus à douter que les puissants et les gouvernements peuvent être appelés à rendre des comptes pour les actes inhumains qu’ils ont commis. Les dirigeants africains devraient soutenir cette occasion historique, au lieu d’œuvrer pour la faire échouer
Desmond Tutu, l'ancien archevêque anglican du Cap, a reçu le prix Nobel de la paix en 1984. (image Brian Stauffer /Copyright 2009 NYT )
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Un Nigérian Accusé de Complot Visant à Escroquer la City-Bank
Les arnaques à l'étranger par des malfaiteurs cherchant à avoir accès à un compte bancaire de particulier sont si bien connues que la plupart des victimes potentielles peuvent les repérer en quelques secondes.
Mais selon les enquêteurs, un homme est parvenu à innover en la matière. Plutôt que d'essayer de duper le titulaire d'un compte en donnant des informations, il a trompé la banque. Et au lieu de l'escroquerie d'une personne, il a essayé de voler 27 millions de dollars à tout un pay..
Pour mener à bien son plan, ont déclaré les enquêteurs à New York le vendredi, l'homme, identifié comme Gabriel Paul Amos, 37 ans, et ressortissant nigérian vivant à Singapour, a travaillé avec d'autres pour forger des documents d’apparence officielle pour ordonner à Citibank des virement, via deux douzaines de transactions, sur des comptes que M. Amos et ses acolytes contrôlaient dans le monde entier.
L'argent provenait d'un compte Citibank à New York, détenus par la Banque nationale d'Éthiopie, banque centrale du pays. Selon les enquêteurs, les conspirateurs, contactés par la Citibank aux fins de vérification, se sont passés pour des officiels de la banque éthiopienne et ont approuvé les transferts.
M. Amos a été arrêté le mois dernier alors qu'il tentait d'entrer aux États-Unis via Los Angeles, a déclaré Marcus A. Asner, procureur à la Cour fédérale du district de Manhattan.
M. Amos, qui a été accusé de complot en vue d’une escroquerie bancaire par virement frauduleux, a déclaré à un juge d'instruction fédéral juge, "je ne suis pas coupable, monsieur." Le juge, Andrew J. Peck, a ordonné sa détention en attendant une nouvelle audition. S'il est reconnu coupable, il encourt jusqu'à 30 ans en prison, disent les enquêteurs
Selon une plainte signée par Bryan Trebelhorn, un agent de la FBI, la fraude aurait été découverte après que plusieurs banques où les conspirateurs tenaient leurs comptes eurent retourné l'argent à la Citibank, faute d’être en mesure de traiter les transactions, et qu’un fonctionnaire de la Banque nationale de l'Éthiopie ne les eut pas authentifiées.
Un porte-parole de City-group a déclaré: «Nous avons travaillé en étroite collaboration avec l'application de la loi tout au long de l'enquête et sommes heureux d’avoir a abouti à cette arrestation. City-Bank passe constamment en revue et met à jour ses procédures de sécurité électroniques et physiques pour détecter, empêcher et atténuer le vol. "
Un porte-parole de l'ambassade d'Éthiopie à Washington a déclaré: «Nous sommes conscients de cette malheureuse histoire." Il a dit que l'ambassade n'était pas impliquée dans la procédure judiciaire, et a refusé tout commentaire. Les fonctionnaires de la Banque nationale de l'Éthiopie n'ont pas pu être contactés par téléphone.
Les enquêteurs ont dit que le complot a commencé en Septembre, lorsque la Citibank a reçu un paquet avec des documents prétendument signés par les agents de la banque éthiopienne et demandant à City-Bank d’accepter des instructions par fax. Les escrocs avaient aussi mis à disposition une liste de prétendus agents susceptibles d’être appelés à confirmer de telles demandes. Les signatures des agents semblaient correspondre à ceux de Citibank et les dossiers ont été acceptés par la Citibank, a confirmé l’enquête.
En Octobre, Citibank a reçu deux douzaines de demandes de virement par télécopieur, et elle a transféré $ 27 millions à des comptes contrôlés par les conspirateurs, au Japon, en Corée du Sud, Australie, Chine, Chypre et aux États-Unis, affirme l’enquête.
Citibank a appelé les fonctionnaires dont les noms et les numéros figurent sur la liste des conspirateurs, afin de vérifier les transactions, ont dit les enquêteurs. Les numéros se sont révélés être ceux de téléphones cellulaires au Nigeria, en Afrique du Sud et en Grande-Bretagne détenus par les conspirateurs.
Citibank, dans son enquête, a découvert par la suite que l'ensemble des documents étaient envoyés par courrier de Lagos, au Nigeria, plutôt que provenant de bureaux supposés de la Banque nationale d'Éthiopie, à Addis-Abeba.
Citibank a crédité en retour les fonds débités du compte de la Banque nationale de l'Ethiopie, a déclaré une personne au courant du dossier.
Traduction Binason Avèkes
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La Fiction Médiatique de l’Homologie
La communication du Changement n’hésite pas à jouer à fond sur la suggestion frauduleuse d’une homologie parfaite qui existerait entre Sarkozy et Yayi Boni. Avant d’être Président, Sarkozy, Ministre de l’Intérieur, soucieux de se donner une carrure d’homme d’Etat, avait fait un voyage africain qui le conduisit à Cotonou. Il fut accueilli alors par Yayi Boni, Président béninois fraîchement élu à une écrasante majorité de 75%. On imagine que le candidat à l’élection présidentiel française avait échangé avec son hôte sur le secret d’un tel plébiscite, et que celui-ci n’a pas été avare de conseils et de tuyaux. Peut-être en tant qu’originaire du pays du Vodou, lui avait-il donné la formule magique du charme qui le porta triomphalement au pouvoir. En tout cas, c’est à partir de cette réception controversée du futur Président français au Bénin, – Ministre de l’intérieur et repreneur légataire des idées de Lepen – que data la mystification de la suggestion d’homologie entre les deux hommes.
Lire la suite "Sarkozy & Yayi, Rama & Reckya : Qui Baise Qui ?... " »
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Par Théophile Nouatin
Récemment la presse béninoise a fait écho de découvertes de minerais entre autres le coltan dénommé « l’or gris » qui participe à la fabrication d’utilitaires technologiques et surtout des gisements de pétrole au large de nos côtes. Certes, il faudrait encore attendre l’évaluation de la rentabilité d’une éventuelle exploitation de ces ressources potentielles surtout si l’on sait que les coûts d’extraction et d’exploitation ne cesseront d’augmenter.
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« Mes frères, restez fidèles à la terre, avec toute la puissance de votre vertu ! Que votre amour qui donne et votre connaissance servent le sens de la terre, je vous en prie et vous en conjure...
« Que votre esprit et votre vertu servent le sens de la terre, mes frères, et la valeur de toutes choses se renouvellera par vous ! C'est pourquoi vous devez être des créateurs. »
Monsieur,
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La Baguette de Pain à 200 F CFA au Quartier JAK à Akpakpa !
Par Paula AGBEMAVO
Le prix du blé n'avait pas encore monté en flèche que la baguette de pain coutait déjà 150 F à la boulangerie/pâtisserie "La marquise" au quartier JAK à Akpakpa alors que le prix officiel du pain était 100 F. Quelques mois plus tard, la baguette est passée à 175 F et aujourd'hui, elle est vendue à 200 F. Sans compter qu'il vous faudra débourser 25F supplémentaire pour le sachet de son emballage. Au total, la baguette ordinaire de pain vous revient à 225F.
C'est vrai, nous sommes dans une sorte de libéralisme économique où l'offre du pain de 225F rencontrerait certainement une demande, autrement, elle ne survivrait pas, mais étant la seule boulangerie de ce quartier résidentiel, la population a-t-elle vraiment le choix ?
D'aucuns diront que les habitants du quartier JAK sont plutôt aisés et peuvent bien se permettre d'acheter une baguette de pain à 200 F mais qu'en est-il de ceux-là qui n'ont pas l'heur d'être comptés au rang de ces "gens du monde" qui ont naturellement pignon sur rue ?
En fait, sommes-nous dans une pétaudière ? Le pain au même titre que le lait, le sucre, le mais et le riz fait partie des biens de consommation usuelle. Il fait par conséquent l'objet d'une réglementation stricte. Son prix, son poids et sa qualité sont fixés par les pouvoirs publics. Chez nous ici, le prix du pain est plutôt une donnée volatile, son grammage est un mystère. Quant à sa qualité, il n'est point un secret que pour accroître leurs profits, certaines boulangeries ont fait le choix de préparer le pain avec des substances hautement cancérigènes. Officiellement, le pain est à 100 F CFA. Il n'y a donc aucune raison que la baguette soit vendue 200 F voire 225 F, que la boulangerie soit située à Vossa ou à la pate d'oie. Passer outre cette prescription gouvernementale c'est tout simplement être hors la loi, loi du marché ou pas.
S'il en est ainsi, ceci est bien une preuve que ces mesures pour juguler la hausse des prix dont le gouvernement ne cesse de se targuer ne se sentent pas sur le marché. Chacun fixe son prix, détermine sa marge bénéficiaire selon son humeur foulant ainsi aux pieds les réglementations en vigueur et faisant supporter aux pauvres consommateurs le prix de leur avidité.
Et les associations de consommateurs dans tout ça ? Elles sont tout simplement invisibles, inaudibles, lorsqu'il s'agit de faire entendre la voix des consommateurs. Depuis que l'inflation a effrité considérablement le faible pouvoir d'achat des ménages, aucune de ces dites associations qui disent défendre l'intérêt des consommateurs n'est monté au créneau pour réclamer et exiger une quelconque mesure corrective du gouvernement. Elles se complaisent dans un mutisme assourdissant. Affairistes, elles se contentent de siéger dans les instances économiques du pays. La rumeur nous prie de croire que certaines émargeraient chez les entreprises de la place pour la "boucler". Quoi qu'il en soit, il est aisé de constater qu'elles ne jouent pas leur rôle de "vigile". Alors, "association de consommateur" ne serait-il qu'un manteau, une façade ?
Les pays occidentaux, ceux qui ont écrit l'histoire du libéralisme économique exercent à chaque palier, un contrôle sur les prix, ils protègent ainsi leurs citoyens, surtout les plus vulnérables. Alors, copier pour copier, autant le faire intelligemment.
Paula AGBEMAVO
Collaboration
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Le Nouveau Filon des Jeunes Citadins Béninois
Par Paula AGBEMAVO
Téléphone portable collé à l'oreille, les yeux rivés sur les écrans d'ordinateurs, prompts aux mensonges, à l'imposture et à toutes les forfaitures, vous les voyez fourmiller dans les cybercafés. Ils sont quelque fois en bandes organisées, quelque fois solitaires, habillés de gros pantalon Jean, tee-shirt, body fashion, grosses lunettes noirs, ils roulent sur "Djenanan". Tels sont les accessoires du parfait petit escroc.
Cette nouvelle génération d'escrocs, c'est notre voisin, notre frère, le gamin du quartier qui a abandonné les classes pour élire domicile dans les cybercafés à la recherche effrénée du pigeon à plumer. Ils ne s'embarrassent point de scrupules et ne cherchent à cacher leur forfait. Sur le web, ils deviennent orphelins d'un richissime dissident politique, chef d'entreprise, exportateur de produits tropicaux, bénévoles pour des œuvres sociales en quête de financement et harcèlent jour et nuit leur proie jusqu'à ce qu'ils leur crachent du dollar ou euros. C'est ainsi que des jeunes d'à peine 18 ans comptent du jour au lendemain des millions de francs CFA sur leur compte en banques et bonjour "la belle vie" avec la bénédiction de leurs parents. Qu'on se le dise, ce n'est pas du loto, ni un quelconque jeu de hasard, c'est tout simplement du vol, du grand banditisme international ! C'est un hold-up à distance, un pillage de l'épargne des autres qui plus est, peut être l'économie de toute une vie !
L'autre fois, après s'être accaparé d'un ordinateur toute une journée et guetter le moindre mouvement sur son écran, il jubila : un poisson venait d'être pris dans sa nasse. Il prit aussitôt une voix rauque, mure d'un timbre nasillant et ça y est, le jeune glandeur d'à peine 16 ans, fâché avec l'école, que j'ai vu naître, se mue subitement en gros exportateur de noix d'acajou à la recherche d'un client. Il poursuivra ses manœuvres jusqu'à ce que le pigeon lui lâche quelques centaines d'euros. Les plus expérimentés arrivent à vider les comptes de leurs victimes sur des comptes offshores au Bénin. Escroquer sur Internet est la nouvelle filière aujourd'hui et les jeunes s'y investissent à fond. Nos voisins, les nigérians, déjà mondialement connus pour s'être passés maîtres dans cet arnaque ont dû lâcher du lest face à l'arrivée massive des béninois sur le coup.
Pensez-vous qu'un jeune à peine sorti de l'adolescence, qui du jour au lendemain devient multimillionnaire en ayant déployé toute une stratégie pour arriver à réussir une escroquerie puisse se contenter, une fois que la source aura tarie, de gagner honnêtement sa vie en pointant au travail comme tout le monde pour recevoir un salaire quelconque ! Il faut s'en inquiéter car à moins d'avoir une capacité d'adaptation extraordinaire, la génération escrocs sur Internet actuelle a 99% de chance de devenir "génération braqueurs à mains armées, voleurs de véhicules, trafiquants de drogues, faussaires et j'en passe !
Par ailleurs, notre pays semble bien dépassé par la cybercriminalité car pour la combattre, il faut déjà que les dépositaires de l'ordre public se mettent à l'informatique, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui quand on sait que dans nos commissariats, les PV sont toujours tapés sur de vieilles machines à écrire rouillées. Comment peut-on vouloir traquer des cybers criminels quand on n'a pas soi-même la moindre maîtrise de l'ordinateur !
Bien d'autres situations facilitent la réalisation du délit. La vente anarchique des cartes Sim électronique dans tous les coins de rue comme de petits pains, permet aux escrocs de ne laisser aucune trace sans oublier la complicité active ou passive des agences de transferts d'argent de la place.
Sur le plan international, l'image du pays est bien dégradée. Dans des émissions, notamment sur "Envoyé spécial", sur France 2, le Bénin est maintes fois cité dans de scabreuses affaires d'escroquerie, d'abus de confiance commis par Internet.
Les requins de la politique béninoise sont corrompus ; ils font des fonds publics leurs portefeuilles privés. Propulsés en politique, les jeunes sont plus gourmands, plus vénaux que leurs ainés qu'ils critiquaient jadis. Ils veulent tout et tout de suite et sont prêts à user des pires ignominies pour y arriver. Ce faisant, la vérité souffre, la morale souffre, l'humanité souffre, le bien cède la place à l'abject. Au-delà de la déception c'est la foi en la personne humaine qui s'effrite!
Paula AGBEMAVO
Collaboration
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Théophile Nouatin
Quelle perception convient-il de donner aux soubresauts qui ont agité la vie politique béninoise lors des semaines écoulées ? Une option consiste à ne voir là que des remous bien compréhensibles à la veille d’élections majeures qui pourraient aboutir à une redistribution des cartes aux niveaux décentralisés. Une autre interprétation peut les présenter comme les signes d’une dissension profonde, une césure au sein de la classe politique, notamment entre le gouvernement et les différentes coalitions qui ont manifesté leur humeur lors de cet épisode.
Lire la suite "Regard sur les Jeux et Enjeux des Élections Locales " »
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Non à la Politique Politicienne !
Le Président de la République, Monsieur Boni Yayi a encore trois ans pour convaincre. Durée décisive d'un mandat au cours duquel, sous sa houlette, le Bénin est censé avoir pris le chemin de l'émergence. En effet, deux années après son accession au pouvoir sous le mot d’ordre affriolant de changement, tout observateur sérieux a eu l’occasion de faire le tour de ce que veut faire le nouveau Président ; de sa manière de faire, et de ce qu'il peut faire. Nombre de ceux qui croyaient à une époque radicalement nouvelle, à l’ère de la politique pour le Peuple, déchantent peu à peu. On commence à mettre un peu d'eau dans le vin du changement.
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Article pubilé par la LDH dans la rubrique les étrangers le mardi 23 janvier 2007, cette réflexion pertinente d'Emmanuel Terray, n'est pas du tout du goût d'un "grand journal" du soir, qui a opposé un refus en règle à une proposition de publication dans ses pages. Ce qui amène à se poser des questions au sujet du texte lui-même : Les intérêts de quels lobbies menace-t-il ? Quel dogme prétabli renverse-t-il ? Selon la grammaire de quelle idéologique est-il incorrect ? Qu'a-t-il de subversif, en dépit de sa méthode féconde ? Emmanuel Terray étant un intellectuel bien connu, en France et dans le monde, on se demande, à lire l'article et à voir la cohérence du mouvement de la réflexion, pourquoi ce journal n'a pas voulu le publier. Il faut croire que les voies des journaux, même et surtout lorsqu'ils se réclament de la pensée et de la réflexion ouvertes sont de plus en plus impénétrables. Mais demeure la voix de l'homme, que rien ne peut plus étouffer... Lisez plutôt
Binason Avèkes.
Lire la suite "1942-2006 : Réflexions sur un Parallèle Contesté " »
Rédigé à 18:52 dans Article | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Pour Atteindre le But Visé.
Le besoin de changement au Bénin avait semblé avoir un début de réponse le 6 avril avec l'élection de Yayi Boni. Le mot d'ordre du nouveau locataire de la Marina, "le Changement", avec le slogan "Ça va changer", a séduit plus d'un, et pas seulement les naïfs. Les Béninois dans leur ensemble attendaient le changement, pour redonner confiance au pays après dix années désastreuses d'un régime caractérisé par la corruption d'Etat, la prévarication, le laisser-faire et l'impunité. Dix années qui ont vu le pays s'appauvrir plus que de raison, la misère de masse avancer et l'économie au bord de la ruine. Tout cela nécessitait un changement salutaire qui fut, Dieu merci, apporté dans la paix par l'élection massive de Yayi Boni à la tête de l'Etat. Le Président élu a connu une période de grâce ; il a donné des signaux de sa volonté de faire bouger les choses. Il a mis en place ses équipes techniques et politiques, et une année et demi après son arrivée au pouvoir, on peut dire que son action et ses choix, sa méthode et ses options sont identifiables et imputables. Or au regard de l'attente du Peuple, et compte tenu de la direction annoncée, on peut se demander si la gestion au quotiden des affaires du pays, le caractère et la pertinence des grands actes et décisions du Gouvernement sont susceptibles de conduire le navire du changement à bon port. Cette question qui hante l'esprit de tous les Béninois de bonne volonté, et à laquelle font tristement écho les difficultés chroniques de la vie quotidienne, a été déja abordée par maint Béninois qu'il soit de l'intérieur ou de l'extérieur. Mais parmi tous, l'analyse et les suggestions de Kasso Okoudjou que nous publions ici ont ceci de particulier qu'elles s'énoncent en toute indépendance, et dans une clarté fertile.
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Tags Technorati: Benin/Yayi Boni/Kasso Okoudjou/Development/economy
Un Général en Diable !
......... Le chef de l'Etat béninois, Yayi Boni, a formé dimanche un nouveau gouvernement. Au sens strict, en dehors de trois réajustements techniques précédents, il s’agit du deuxième gouvernement du Président béninois depuis son élection en mars 2006. Ce remaniement est marqué par le passage du nombre de portefeuilles de 23 à 26, l'entrée en scène de 17 nouvelles personnalités et la présence de 6 femmes, contre 5 précédemment.
Selon certaines analyses ou commentaires on relève que nombre de ministres remerciés l’ont été pour des raisons d’incompétence notoire, tandis que d’autres le sont pour des raisons politiques ou ont servi de boucs émissaires à un Président très habile dans l’art de couper les têtes ministérielles.
Lire la suite "Remaniement ministériel : Yayi Boni ou l'Art de Couper les Têtes" »
Rédigé à 22:24 dans Article | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
A Deuced General !
The Benin Head of State, Yayi Boni, has reshaped his government last Sunday. In the strict sense of the word, out of technical revisions operated previously, this was the second government of the Beninese head of state since his election in marsh 2006.
The reshuffle is marked by the shift of number of portfolios from 23 to 26, the arrival of 17 new personalities and the presence of 6 ladies against 5 in the former cabinet.
Lire la suite "Benin: Cabinet Reshuffle. The Art of Heads Cutting" »
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Par A. O. SCOTT
Traduit par Binason Avèkes
Ousmane Sembène reconnu par tous comme le Père du cinéma africain avait presque 40 ans quand il commença dans la carrière de cinéaste. (Il est mort à 84 ans ce week-end à son domicile de Dakar.) En 1960, l’année où le Sénégal, son pays natal, accéda à l’indépendance de la France, il était déjà un romancier d’une certaine réputation dans la sphère francophone africaine.
Lire la suite "Sembène Ousmane : Un Cinéaste à l'Origine de la Voix Africaine" »
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Internet est le nouveau front de la liberté d'expression
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Le Journal Le Monde fait référence au rapport annuel d'Amnesty international. Selon cette référence, dans son dernier rapport annuel, publié mercredi 23 mai, Amnesty International fait d'Internet le nouveau front pour la lutte en faveur des droits de l'Homme."A l'ère de la technologie, Internet représente la nouvelle frontière dans la lutte pour le droit à la dissidence", souligne Irène Khan, la secrétaire générale de l'organisation non gouvernementale, remarquant que de nombreux Etats s'évertuent à réduire au silence les "cyberdissidents".
Pour Amnesty, la censure trouve un appui parmi les entreprises de télécommunications. "Les autorités de certains pays – Arabie saoudite, Biélorussie, Chine, Egypte, Iran et Tunisie, entre autres – s'assurent la collaboration des plus grandes sociétés informatiques mondiales pour contrôler les chats, supprimer des blogs, brider les moteurs de recherche et bloquer l'accès à des sites", constate Mme Khan.
Lire la suite "Amnesty International : Rapport annuel 2007 " »
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Les vertus du jour et de la nuit
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Quand on regarde un peu la période qui va de l'accession "révolutionnaire" de Kérékou au pouvoir en 1972 au raz-de-marée électoral qui a consacré Yayi Boni Président, on constate que trois hommes ont eu ou ont en charge les destinées du pays. Kérékou, Soglo, et Yayi. Depuis 35 ans, ces trois hommes ont marqué la vie politique du Bénin. En raison de son action de redressement, Soglo, bien qu'il ne fût au pouvoir que cinq ans restera un Président marquant dans l'histoire de notre pays. La marque de Kérékou est indéniable mais elle est due au temps et à l'avantage de stabilité que confère la durée. Tout beau, tout nouveau, le Président Yayi Boni a tout à prouver, sa marque reste à faire. La période considérée est au coeur du processus politique du Renouveau
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Une affaire de tous.
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Les incidents provoqués par les hommes de la sécurité du Chef de l’Etat se répètent. Ils sont tous peu ou prou de la même nature, et mettent en danger la vie des citoyens. La presse les annonce en se mettant du côté des victimes et du bon sens citoyen, en s’interrogeant sur l’organisation de la sécurité du Chef de l’Etat. Souvent, dans le feu du drame, laissant libre cours à l’émotion, elle se fait critique n’hésite pas à porter un jugement. Elle traduit en effet la crainte du citoyen lambda, ainsi malmené dans son droit à la sécurité. De ce fait, est grossie l’image que les hommes de la sécurité du Chef de l’Etat seraient des fous de la gâchette, et pire, celui dont la protection occasionne ces drames serait pour quelque chose dans leur triste occurrence. Dans la mesure où le fonctionnement du système de protection du Chef de l’Etat est mis en cause, et que les actes de ses exécutants sont entachés de suspicion, c’est ainsi qu’on peut voir les choses.
Si l’inquiétude pour la sécurité des citoyens est légitime, il est toutefois à craindre qu’à trop laisser libre cours à l’émotion du moment, les journalistes et les médias ne considèrent qu’un seul des deux côtés du problème.
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Le malheur de Porto-novo
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Le malheur, tout le monde en convient, est le contraire du bonheur. Selon Aristote, qui sur ce point est en accord avec Platon, le Bonheur est le Souverain bien : quelque chose qui n’est pas recherché comme moyen d’une autre fin, mais qui est sa propre fin. Suivant cette vue, on peut donc dire que tout ce qui n’est pas recherché pour soi mais comme moyen d’une autre fin n’est pas le bonheur. En politique lorsque cette fin ultime est cachée, on débouche inévitablement sur le malheur.
Tel est par exemple le cas de l’intervention américaine en Iraq. Ce pays a été occupé brutalement, son chef déchu puis tué, exposé à une guerre intestine qui ne dit pas son nom, tout simplement parce que les fins réelles de l’intervention de l’armée américaine sous l’égide de George W. Bush sont loin de celles invoquées. On parle souvent de pétrole, de terrorisme, d’Israël, etc. mais parmi les fins réelles de la croisade de l’Amérique de George W. Bush en Iraq, il en est une que l’on oublie souvent, qui est d’ordre politique et personnel: la hantise de W. Bush de ne pas être réélu. Georges Bush le Père était le dernier Président républicain à ne pas avoir été réélu depuis Nixon. Record historique. Il ne fallait sous aucun prétexte rééditer le même faux-pas. C’était une question d’honneur, pour ne pas accréditer l’idée d’une sorte de malédiction familiale, à un homme qui tient pour bénédiction divine le fait d’être Président et fils de Président. Or sachant qu’ en cas de guerre, les Américains, pour raison de patriotisme, restent soudés derrière leur Président, aussi médiocre soit-il, que restait-il à faire à un homme aux compétences limitées comme Georges W. Bush ? Eh bien déclencher une bonne guerre, to wage a brave war ! Et c’est ainsi que George Bush s’est payé une assurance réélection en conduisant l’armée américaine et son pays dans l’aventure d’Iraq. « Piège sans fin », dirait un célèbre écrivain béninois…Mais peu importe, George W. Bush est réélu : il a fait mieux que son père, il a enrayé la malédiction, c’est l’essentiel.
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Une mutation radicale.
Par Nouatin Théophile*
Pourquoi tenir aujourd’hui un discours centré sur une Afrique vue comme une unité alors qu’elle relève d’une mosaïque de peuples et d’entités géopolitiques ? De multiples raisons imposent à l’évidence cette agrégation voulue de tout cœur par les visionnaires de l’aube des indépendances dont notamment Nkrumah, Nasser. Parmi les raisons qui forcent à l’édification de l’espace africain unifié, il en est une qui est due à l’émergence ou à la structuration de nouvelles puissances aux dimensions continentales notamment l’empire chinois et le bloc Européen. Face à ces nouvelles entités la faiblesse des parts agrégées des pays africains dans les échanges transcontinentaux de biens et services ne peut que s’accentuer si l’on sort de la balance le gonflement inhérent à une demande accrue de matières primaires essentielles à des économies en plein boom. Les matières premières comme le pétrole et les minerais ont une fin dont l’horizon est de quelques décennies.
Occulter le fait que la mosaïque de pays qui forment le continent sont exposés individuellement à très court terme à un avenir encore plus problématique que l’état actuel, serait à n’en pas douter un crime contre peuples en danger. En effet, l’Africain hier traîné en servitude, dominé, colonisé, est condamné à perdre de nouveau sa liberté et avec elle, sa dignité, si ses élites par une mutation radicale d’organisation et de leadership ne s’attèlent à tailler au continent une autre stature que celle qui est actuellement la sienne.
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Modèles de pérennité, pour l’ère du changement ?
Il est indéniable que le gouvernement du changement avec à sa tête le Dr Yayi Boni a pris la mesure des problèmes sociaux auxquels il faut faire face pour adoucir le quotidien de nos populations. Il est aussi indéniable qu’il est décidé par son engagement proactif et volontariste à œuvrer pour trouver les solutions adéquates. A ce sujet, nul doute que les revendications légitimes du personnel soignant ne resteront pas lettre morte car il est révoltant que jusqu’alors la science de nos médecins s’exerce dans des hôpitaux dénués de tout alors que des milliards de nos francs étaient détournés à des fins personnelles en un laps de temps comme l’attestent les audits et les réclamations subséquentes adressées par le gouvernement à des centaines de personnes impliquées dans ces dilapidations. Extrapolons ces malversations sur 30 années seulement et l’on peut imaginer combien de salles de classes, de dispensaires et d’hôpitaux bien équipés, de fermes et d’usines agro-alimentaires etc. nous aurions pu mettre en œuvre dans l’intérêt collectif avec ces ressources publiques depuis l’indépendance. Il faut espérer que le gouvernement mette tout en œuvre pour que ces lettres de réclamation ne demeurent pas des lettres mortes. Il appartient au gouvernement de persévérer dans la rupture effective avec ce passé de prévarications avec toute l’autorité nécessaire, car il faut le dire, la démocratie plus que nul autre régime exige l’exercice sans concession de l’autorité de l’Etat dans la stricte légalité et pour le respect même des lois.
Il est salutaire que le gouvernement ait décidé lors de son conseil du 22 Janvier 2007 de mesures urgentes pour l’équipement en locaux scolaires. Nonobstant l’urgence peut-être préélectorale avec laquelle ces équipements doivent être réalisés – il faut aussi rompre enfin avec la lenteur de l’action publique, l’impatience des populations étant réelle - il importe que le gouvernement mandate les structures compétentes pour élaborer et proposer des modèles soumis à des normes de qualité contrôlables pour cet ensemble de réalisations qui sont projetées, mobiliers compris. Ces modèles seront portés à l’appréciation des collectivités destinataires pour amendement et approbation. Car il n’échappe à personne que des processus mal gérés ont bien souvent conduit à la livraison d’équipements précaires alors que les écoles doivent être construites pour des générations et des générations. Nous avons beau critiqué la colonisation à juste titre, l’on est bien obligé de reconnaître qu’un sens de la pérennité dictait la construction des infrastructures collectives léguées à nos Etats par le pouvoir colonial. Certes à d’autres temps, d’autres normes et styles architecturaux, cependant il suffit de revoir les salles de classes comme celles du lycée Béhanzin et du Lycée Toffa à Porto-Novo pour ne citer que celles-là où ont été formées des générations d’hommes et de femmes de notre pays et de la sous-région, de mettre ces salles en comparaison avec celles du Cours secondaire Djassin situé à quelques encablures pour se rendre compte que le même souci ou esprit de durabilité, de pérennité et même de grandeur disons-le, n’a pas présidé à la réalisation de ce dernier construit après les indépendances, plus précisément au début des années 1970.
Il importe donc que le gouvernement du président Yayi Boni avec sa vision de modernité donne aux réalisations de l’ère du changement une empreinte nouvelle qui marque une rupture avec les pratiques de sous-investissement des deniers publics alloués. Des infrastructures érigées avec des normes de durabilité et de qualité élevées sont gages d’économie en frais de maintenance et de renouvellement pour la collectivité et constituent un legs pérenne pour les générations à venir. La pression du temps ne saurait constituer un facteur qui amoindrit les qualités des ouvrages publics. Ce qui est valable pour les équipements scolaires l’est aussi pour les routes, les dispensaires, les marchés publics, les salles de loisirs etc…
Ce sont par des marques visibles de ce genre que le citoyen ordinaire se rendra compte que le mode de gestion de la chose publique a véritablement changé et que la restauration salutaire de la crédibilité de l’Etat chère au Président Yayi Boni n’est pas un vain mot. C’est par ces marques « tangibles » que le citoyen ordinaire sera conduit à régler de lui-même son comportement dans sa gestion de la chose publique, car ne dit-on pas que lorsque la cadence change, le danseur change de lui-même ses pas ?
Théophile Nouatin
Copyright, Blaise APLOGAN, 2007
Rédigé à 19:11 dans Article | Lien permanent | Commentaires (0)
Li Zhaoxing the head of the Chinese diplomacy has practical experience. Whether in Japan to ease the crisis of history textbook ; or in Korea to seal an alliance against the Japanese drunkenness of obscene remembrance of past, Li Zhaoxing always has brilliant smile and frank handshake. Warm sincerity will say some, diplomatic trick will answer others. Whatever it is, the warm nature of Li Zhaoxing does not know border: in America, in Asia or in Africa, the man gives the feeling to privilege a diplomacy of nearness where everything can be settled by frank handshake and taps in the back. Between big countries, this ardour is restrained by the subtleties of political codes and gentlemen agreement ; but in Africa, a continent par excellence where warmth is value, China knows how to play old Third-World homesickness, and the diplomatic willingness of Li Zhaoxing arouses conviction.
Such is the case during his visit in Benin last week. In the TV, watching the Minister, at the head of an alert delegation with smile, walking across places, approaching his hosts and shaking hands warmly makes one forget the so called obsequious reserve of Asians, their legendary spare instinct. Mrs Boni Aladji, the gazelle of the Beninese diplomacy was in the seventh heaven. The charming smile of the Beninese Minister, married to the energetic gentleness of the tiger of the Chinese diplomacy made germs of spark. Was it the beginning of a triad ? Many a sign provided the feeling.
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For somebody as me who had not been to Benin for some time, the presence of the Chinese in our cities, especially in Cotonou, is quite obvious; it seems commonplace, economically and sociologically. And China, in the fire of its offensive on our continent, seems to make sheep's eyes at Benin, her former ideological ally. But at the moment, business is first. Yesterday, it was Mao's red Book, today, places to contracts and figures. Among concrete fruits of this warm diplomacy, we can count : an agreement concerning the discount of part of Benin debt to China, a 30 million yuan loan (2,9 million euro) and a grant for the development of the administration in Benin and construction of road infrastructures. Also, at the charge, Mr Zhaoxing, who was due in equatorial Africa and elsewhere on the continent, proceeded to the launching of the construction of a Chinese commercial center in Benin; a centre intended to welcome in Cotonou a permanent exhibition of China commercial offers.
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Smiles, frank handshakes, and community of Third-World experience are quite good. But what worries me is what a friend of mine working in the Foreign Ministry told me. According to this well informed civil servant, agreements with the Chinese are interesting, but they are often accompanied by a long period of transfer of technology, not to mention ownership right. Some delays may be as long as a hundred years! A hundred years, may not be so long for China, an old nation having behind her a past of several millenniums. But for us Africans who have been languishing in the shadow of poverty an alienation, finding it hard to take hold of our destiny and get rid of the fate, we look forward to making our own the Chinese proverb which says: " it is better to learn to fish rather than be given a fish " and I shall add gladly: " and not to be reduced to salivate while it is cooking in our own kitchen, in the Chinese sauce … "
Binason Avèkes
© Copyright, Blaise APLOGAN, 2007
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Phénomène de vol de sexe : cinq ans après!
Le phénomène de la vindicte populaire est une véritable plaie de la démocratie. Parés aux couleurs de croyances imbues de leur primitivisme tenace, ces actes sont souvent le cache-misère d’un Etat dont les dirigeants – qu’ils soient élus ou autoproclamés – découvrent le b-a ba des exigences en terme de droit des gens. Souvent, les phénomènes de vindicte populaire tendent à suppléer à la carence de l’Etat en matière de justice et de sécurité ; ils offrent un exutoire régressif aux inquiétudes populaires. Le silence des pouvoirs publics, l’absence de sensibilisation sur les droits de la personne portent en eux le signe troublant d’une douteuse complicité.
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Le nouveau visage de l’industrie pétrolière nigériane
Par Godwin Nnanna
Business Day, Nigeria
La chine est devenue un investisseur majeur dans le riche delta pétrolier africain du Niger. Godwin Nnanna espère que les erreurs du passé ne seront pas reconduites.
La CNOOC (China Offshore Oil Corporation ) a annoncé un investissement de 3 milliards de dollars us au Nigeria. Cet engagement financier, le plus gros investissement chinois en Afrique dans le secteur pétrolier, confère à la CNOOC 45% de part dans une extraction offshore. Ce qui donne à la chine un quasi contrôle sur un champ pétrolier nigérian dont la capacité avoisine les 180 000 barils/jour.
Et le Nigeria n’est qu’un cas parmi d’autres pays africains qui captivent l’intérêt économique de la Chine. Pour des raisons d’insécurité de leur approvisionnement due aux guerres de l’Iraq et du Proche-Orient, la Chine assure ses arrières et se déploie tous azimuts en Afrique ; ainsi l’Angola a-t-il pris le pas sur l’Arabie Saoudite pour l'approvisionnement en pétrole.
Ainsi, malgré la guerre du Darfour et son cortège quotidien de morts, et d’exactions de toutes sortes, à l’ombre des violations des droits humains, les exportations soudanaises vers la Chine ne se sont jamais aussi bien portées
La Zambie, l’Afrique du Sud, le Gabon, le Cameroun, et la République Démocratique du Congo, entre autres, font eux aussi l’expérience de l’intérêt économique croissant des Chinois pour l’Afrique. Chacun selon ses matières premières dont la Chine a le plus grand besoin pour accompagner sa croissance industrielle. Et les résultats ne se font pas attendre. De 3 milliards de dollars en 1995, le commerce chinois en Afrique est passé l’année dernière à 32 milliards. De 50 milliards à la fin 2006, il devrait tripler de volume d’ici à 2015. Cette prévision s’inscrit dans le cadre des objectifs de croissance du millénaire fixés par l’ONU.
Cette liaison entre l’Afrique et la Chine que certains qualifient de Nouvelle ruée vers l’Afrique, se révèle dangereuse dans certains pays contrairement à d’autres. Ainsi, malgré la guerre du Darfour et son cortège quotidien de morts, et d’exactions de toutes sortes, à l’ombre des violations des droits humains, les exportations soudanaises vers la Chine ne se sont jamais aussi bien portées ; imperturbablement, elles sont passées de 10 % de son volume total en 1995 à 70% en 2005 ! Mais ailleurs, la liaison se paye même le luxe d'un zeste culturel : au début de cette année, Pékin a annoncé le projet de construction au Sénégal, du plus grand théâtre ouest-africain, d’un montant de 35 millions de dollars. Mais cet arbre culturel singulier, et ô combien astucieux, cache mal la forêt et la furie de l’intérêt économique chinoise : les investissement financiers de l’Empire du Milieu en Afrique ont été plus nombreux et massifs dans les pays producteurs de pétrole. Le Nigeria et l’Angola bénéficient des largesses chinoises bien plus mesurées sous d’autres cieux africains.
Un demi-siècle d’exploitation pétrolière dans le delta du Niger a laissé les populations de la région plus pauvres qu’elles n’étaient avant la découverte du pétrole chez eux.
Est-ce que cette nouvelle ruée vers l’Afrique a quelque ressemblance avec celles du 17ème et 18ème siècle qui ont vu l’embarquement forcé et massif de la fine fleur de la jeunesse et des bras valides du continent noir vers l’Europe et l’Amérique ? L’impérialisme occidental n’était pas inspiré par l’esprit des affaires. Il ne s’agissait alors rien moins que d’un rapt et d'une spoliation pour lesquels nombre d'Africains et de Noirs réclament encore aujourd’hui réparation. Mais les rapports d’aujourd’hui de la Chine et de l’Afrique dont l’objet réside dans les matières premières et le pétrole principalement se veulent des rapports d’affaire au sens où la légalité internationale entend ce concept commercial entre partenaires consentants, libres et mutuellement intéressés.
Pour le Nigeria, le grand défi est de faire en sorte que le plus grand nombre de ses 130 millions d’habitants puisse tirer partie de cette immense rentrée de revenus pétroliers.
Les gaz brûlés en permanence libèrent dans l’atmosphère un mélange de substances toxiques comprenant du CO2, gaz à effet de serre par excellence et le méthane
Sous ce rapport, le moins qu’on puisse dire est que l’expérience du passé n’a rien eu de particulièrement réjouissant. Un demi-siècle d’exploitation pétrolière dans le delta du Niger a laissé les populations de la région plus pauvres qu’elles n’étaient avant la découverte du pétrole chez eux. Plus préoccupantes encore sont les dommages causés à la nature par les déversements anarchiques de pétrole ou les flammes de gaz brûlés en pure perte.
Depuis le meurtre crapuleux de l’écrivain Ken Saro Wiwa, dirigeant du MOSOP, par le régime du dictateur Abacha, le Mouvement pour la survie du Peuple Ogoni, dans tout le delta du Niger, il existe un vif ressentiment contre toutes les personnes ou institutions perçues comme instruments du désastre écologique régional découlant de l’exploitation du pétrole.
Actuellement, le Nigeria brûle 75% de sa production journalière de gaz en pure perte. Selon les experts, au Nigeria, une moyenne de 2,2 milliards de m³ de gaz sont ainsi brûlés chaque jour. Ceci contribue à l’effet de serre, dans la mesure où, dans toute la zone sub-saharienne, ce fléau est du essentiellement à l’activité des industries pétrolières.
Les gaz brûlés en permanence libèrent dans l’atmosphère un mélange de substances toxiques comprenant du CO2 ( dioxyde de carbone), gaz à effet de serre par excellence et le méthane. Selon les scientifiques, le potentiel de réchauffement climatique du méthane est de loin supérieur à celui du dioxyde de carbone. Les sources de la Commission Intergouvernementale sur le réchauffement climatique indiquent qu’après 20 ans de durée, 1 kg de méthane (CH4) est 62 fois plus réchauffant que le dioxyde de carbone (CO2 )
Que dire de tous ces faits eu égards aux nouvelles alliances qui se nouent dans le secteur pétrolier du Nigeria ? D’abord l’attention doit être portée sur la nécessité de partir sur des bases écologiquement saines définies par les deux parties. Shell débuta ses opérations dans le delta du Niger à une époque où le Nigeria était encore sous le joug colonial. Beaucoup de gens dans la région estiment aujourd’hui que la compagnie Shell a encore des efforts considérables à faire pour se départir de sa posture coloniale qui perdure plusieurs décennies après l’indépendance du Nigeria.
L’opposition Environnement/développement ou écologie/économie n’a pas lieu d’être. Ces deux termes peuvent et doivent être intégrés.
CNOOC ne peut se permettre de mener ses opérations avec la même arrogance dont Shell a fait preuve des années durant. Se comporter de la sorte serait préjudiciable à ses propres intérêts. Le souhait de tout investisseur est de faire des bénéfices, pas des sacrifices. Et le vrai bénéfice est celui qui est partagé. Quels que soient les signataires du contrat l’autorisant à conduire ses opérations, CNOOC doit pactiser avec les communautés d’accueil et les considérer comme parties prenantes de l’aventure. La série d’ouragans qui ont dévasté les Etats-Unis et l’Amérique latine et que certains scientifiques ont attribué au réchauffement montrent que les conséquences des activités des compagnies pétrolières ne se limitent pas aux seules populations directement concernées par les actes de déprédation écologique. Beaucoup de conséquences sont plus partagées qu’il n’y paraît. Les preuves du lien entre le réchauffement climatique et le déferlement de plus en plus ravageur des ouragans pourrait sembler spécieuses, mais le danger est réel et mérite qu’on s’y penche sérieusement.
Négliger ses responsabilités conduit vers un échec assuré. Une prospérité construite sur la dégradation de la nature n’est qu’une prospérité en trompe-l’œil. Une telle approche est potentiellement désastreuse. L’opposition Environnement/développement ou écologie/économie n’a pas lieu d’être. Ces deux termes peuvent et doivent être intégrés.
Il s’agit là d’un réel défi que la compagnie chinoise doit avoir à cœur de relever.
Traduit de l’anglais par : Binason Avèkes
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CLASSEMENT MONDIAL 2006
Le Bénin, premier de classe en Afrique
Corée du nord, Turkménistan, Erythrée : le trio infernal
Reporters sans frontières a publié son cinquième classement mondial de la liberté de la presse. Alors que les pays les plus répressifs restent les mêmes, de nouveaux Etats se glissent en tête du classement, devançant souvent les démocraties occidentales.
"Malheureusement, rien ne change chez les pires prédateurs de la liberté de la presse dans le monde. Les journalistes nord-coréens, érythréens, turkmènes, cubains, birmans ou chinois paient de leur vie ou de leur liberté le fait de vouloir nous informer, a déclaré Reporters sans frontières. Ces situations sont extrêmement graves et il est urgent que les dirigeants de ces Etats acceptent la critique et cessent de réprimer systématiquement les médias de la manière la plus violente".
"Chaque année, de nouveaux pays de l’hémisphère Sud gagnent des places et se positionnent devant des Etats européens ou les Etats-Unis…. En revanche, la lente mais constante dégradation de la situation aux Etats-Unis, en France et au Japon nous inquiète au plus haut point", a ajouté l’organisation.
Ce sont encore et toujours des pays d’Europe du Nord qui remportent cette course de la liberté d’expression. Aucun cas de censure et, bien entendu, aucune menace ni aucune intimidation ou représailles physiques n’a été recensée en Finlande, en Irlande, en Islande et aux Pays-Bas, premiers ex aequo de ce classement.
Dégringolade des Etats-Unis et du Japon, la France perd également des points.
Les Etats-Unis (53e) ont perdu neuf places par rapport à l’an dernier.
La France (35e) perd cinq places depuis l’année dernière et vingt-quatre places en cinq ans. La multiplication des perquisitions au sein de médias et des mises en examen de journalistes est un réel sujet de préoccupation pour les organisations professionnelles et les syndicats.
Le système restrictif des clubs de la presse (kisha clubs) et la montée du nationalisme menaçant certains acquis de la démocratie ont fait reculer le Japon (51e) de quatorze places. Le journal Nihon Keizai a été victime d’un attentat et plusieurs journalistes ont été agressés par des groupuscules d’extrême droite (uyoku).
Le Danemark (19e) a perdu sa place de leader en raison des graves menaces proférées à l’encontre des auteurs des caricatures du prophète Mahomet, à l’automne 2005. Pour la première fois au cours de ces dernières années, dans ce pays très respectueux des libertés fondamentales, des journalistes ont dû être placés sous protection policière en raison de menaces dues à leur travail.
Le Bénin, premier de classe en Afrique devant la Namibie et le Ghana.
Egalement bien classé, le Ghana (34e) se situe en quatrième position pour le continent africain, derrière trois habitués de la tête de cet index : le Bénin (23e), la Namibie (26e) et l’île Maurice (32e). La presse ghanéenne travaille toujours dans des conditions économiques difficiles, mais elle est désormais débarrassée de toute menace de la part des autorités.
Des changements de régime salutaires : Progrès significatif au Togo et en Haïti.
Des changements à la tête de l’Etat sont parfois salutaires pour la liberté de la presse. Haïti est passé de la 125e place à la 87e en deux ans, suite au départ en exil de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, début 2004. Aujourd’hui, si plusieurs assassinats de journalistes restent impunis, la violence contre les médias a relativement baissé d’intensité.
Le Togo (66e) a gagné 29 places après la mort de Gnassingbè Eyadéma, en février 2005, l’arrivée de son fils à la tête du pouvoir et les efforts de réconciliation effectués avec la participation de l’opposition et soutenus par la communauté internationale.
Enfin, en Mauritanie, le coup d’Etat du mois d’août 2005 a mis fin à la forte censure qui s’abattait jusque-là sur la presse locale. 138e en 2004, le pays occupe désormais la 77e position, opérant l’une des plus importantes remontées dans ce classement.
Pour établir ce classement, Reporters sans frontières a demandé à ses organisations partenaires (14 associations de défense de la liberté d’expression dispersées sur les cinq continents), à son réseau de 130 correspondants, à des journalistes, des chercheurs, des juristes ou des militants des droits de l’homme de répondre à 50 questions permettant d’évaluer la situation de la liberté de la presse dans un pays. 168 nations y apparaissent, les autres sont absentes, par manque d’informations.
Le classement africain :(voir infra)
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Quelques remarques
Si les peuples se nourrissaient de liberté de presse et d'eau fraîche, les Béninois seraient à l'abri du besoin. Mais la LIBERTE et sa cousine médiatique, la liberté de presse, ont d'autant moins de prix que leurs privations vont habituellement de pair ; et les richesses matérielles ont souvent un goût amer sans elles. A l'évidence, le pain de nouvelles libertés restent sur la planche, et il nous faut travailler d'arrache-pied, sans nous laisser rouler dans la farine...
Par ailleurs, selon toute vraisemblance, les récents incidents liés aux arrestations de journalistes signalées par la presse n’ont pas déteint sur le jugement de Reporters sans frontières. Tant mieux ! Gageons que le Bénin, au clair sur ses rapports entre médias et gouvernants, déontologie et procédures régulières, saura tenir haut le flambeau de sa réputation, l’un des points positifs à mettre à l’actif du régime précédent, qui n’avait pas que des défauts, loin s’en faut. Souhaitons même que notre pays fasse mieux et relève le défi de jouer définitivement dans la cour des grands : rendez-vous l’année prochaine.
R m |
Ra |
Pays |
Point |
23 |
1 |
Bénin |
5,50 |
23 |
|
Jamaïque |
5,50 |
26 |
2 |
Namibie |
6,00 |
34 |
3 |
Ghana |
8,50 |
35 |
|
France |
9,00 |
35 |
4 |
Mali |
9,00 |
44 |
5 |
Afrique du Sud |
11,25 |
45 |
6 |
Cap-Vert |
11,50 |
45 |
7 |
Mozambique |
11,50 |
51 |
|
Japon |
12,50 |
53 |
8 |
Botswana |
13,00 |
53 |
|
Etats-Unis |
13,00 |
62 |
9 |
Guinée-Bissau |
14,50 |
62 |
10 |
Rép. centrafricaine |
14,50 |
66 |
11 |
Madagascar |
15,00 |
66 |
12 |
Togo |
15,00 |
70 |
13 |
Burkina Faso |
16,00 |
70 |
14 |
Lesotho |
16,00 |
73 |
15 |
Congo |
17,00 |
77 |
16 |
Mauritanie |
17,50 |
77 |
17 |
Sénégal |
17,50 |
84 |
18 |
Liberia |
19,00 |
87 |
|
Haïti |
19,50 |
88 |
19 |
Tanzanie |
19,82 |
91 |
20 |
Angola |
21,50 |
93 |
21 |
Comores |
22,50 |
93 |
22 |
Zambie |
22,50 |
95 |
23 |
Niger |
24,50 |
95 |
24 |
Seychelles |
24,50 |
97 |
25 |
Maroc |
24,83 |
98 |
26 |
Côte d’Ivoire |
25,00 |
101 |
27 |
Malawi |
25,50 |
103 |
28 |
Sierra Leone |
26,00 |
109 |
29 |
Guinée |
27,50 |
112 |
30 |
Cameroun |
28,25 |
114 |
31 |
Gabon |
28,50 |
116 |
32 |
Ouganda |
29,83 |
118 |
33 |
Kenya |
30,25 |
120 |
34 |
Nigeria |
32,23 |
121 |
35 |
Djibouti |
33,00 |
124 |
36 |
Tchad |
35,50 |
125 |
37 |
Burundi |
39,83 |
126 |
38 |
Algérie |
40,00 |
127 |
39 |
Swaziland |
40,50 |
129 |
40 |
Rwanda |
41,00 |
133 |
41 |
Egypte |
46,25 |
137 |
42 |
Guinée équatoriale |
48,00 |
139 |
43 |
Soudan |
48,13 |
140 |
44 |
Zimbabwe |
50,00 |
142 |
45 |
R d Congo |
51,00 |
144 |
46 |
Somalie |
51,25 |
148 |
47 |
Tunisie |
53,75 |
149 |
48 |
Gambie |
54,00 |
152 |
49 |
Libye |
62,50 |
160 |
50 |
Ethiopie |
75,00 |
166 |
51 |
Erythrée |
97,50 |
Binason Avèkes
© Copyright Blaise APLOGAN, 2006
Rédigé à 01:28 dans Article | Lien permanent | Commentaires (0)
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Nous et les Thaïlandais
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La Thaïlande, pays d'Asie dont le territoire couvre 514 000 km², et compte environ 65 millions d'habitants a récemment défrayé la chronique par une vicissitude politique irrégulière : le coup d’Etat militaire du 19 septembre 2006, qui a renversé un gouvernement démocratiquement élu. Il faut dire
qu’en Thaïlande, le dernier putsch remonte à 1991 dans un pays qui en a connu 18 depuis 1932, date capitale pour son expérience démocratique.
Pour nous autres Béninois du Renouveau Démocratique cette vicissitude nous interpelle. Depuis 16 ans en effet, nous essayons de consolider les bases de la démocratie dans notre pays et comptons les années qui nous séparent des errements politiques, des coups d’Etat et autres révolutions globalement improductifs, dans lesquels avons été fourvoyés trois belles décennies durant. Nous sommes jaloux de notre démocratie parce que nous pensons que sans être un système idéal ni une fin en soi, la démocratie réalise les conditions politiques nécessaires pour notre développement économique, social et humain, bref, la prospérité de notre cher pays, riche de ses hommes et de ses ressources, et qu’il faut maintenant mettre au travail pour réaliser le bonheur de tous.
De ce fait, nous sommes donc attentifs au sort et à la vie des autres démocraties en Afrique et de part le monde ; et plus important encore, les phénomènes d’alternance politique irrégulière nous interpellent. Ainsi, à l’instar de tous les Africains de notre sous-région, le premier coup d’Etat militaire en Côte d’Ivoire, premiers soubresauts d’une guerre qui n’osait dire son nom, nous chagrina. Récemment, chez nous-mêmes, la question de la tenue à bonne date des élections présidentielles de mars 2006 a tenu en haleine l’opinion pendant de longs mois, laissant entrevoir le spectre redoutable d’une confiscation violente du pouvoir. Mais par la grâce de Dieu, la mobilisation du peuple, la vigilance organisée de la Société civile, et l’esprit de responsabilité de nos dirigeants politiques, le civisme des Forces armées, le bon sens l’a emporté sur les démons du passé ; la démocratie a gagné !
Mais cette victoire, et nous ne le savons que trop, comme celle de Sisyphe sur son rocher, réside dans un perpétuel recommencement. Notre conscience de cette exigence nous rend encore plus vigilants de tout ce qui touche à la démocratie dans le monde, à commencer par le tiers-monde, ceux qui sont proches de nous d’une manière ou d’une autre.
Aussi, y a t-il il fort à parier que dans leur for intérieur, plus d’un Béninois se sont posé des questions au sujet du coup d’Etat du 19 septembre dernier en Thaïlande ; soit pour constater de manière concrète que la démocratie n’est jamais à l’abri d’une violence de cette nature ; soit pour trouver des raisons rassurantes pour accepter ce qui pourrait n’être qu’une exception. Sans doute ont-il fait chorus avec les médias et les gouvernements occidentaux qui dans leur quasi totalité, certes avec des tonalités variées, se sont inscrits en faux contre les derniers soubresauts de la vie politique thaïlandaise.
Mais que les adeptes du Renouveau démocratique se rassurent : les Thaïlandais surtout à Bangkok ont été sincèrement surpris des condamnations émises par les gouvernements et des médias occidentaux lors du coup d'Etat du 19 septembre. Dans la perception populaire bangkokienne, le renversement de Thaksin Shinawatra sans coup férir par une force symbolique n'est que la continuation d'un pacte politique national en vigueur depuis trois quarts de siècle. Ce système partage le pouvoir entre, d'une part, une classe politique autrefois dominée par les militaires et, plus récemment, par des civils, et d'autre part, le trône, recours absolu quand certaines "valeurs" sont vues comme menacées.
La "démocratie thaïlandaise", toujours embryonnaire aujourd'hui, est née en 1932 d'un putsch militaire. Un groupuscule de conspirateurs, emmenés par Pridi Panomyong, âgé de 32 ans, et composé de jeunes militaires roturiers proclama l'abolition de la monarchie absolue. Ils se réclamaient à la fois des idéaux de rationalité légale et de progrès ainsi que de l'héritage moral du roi Chulalongkorn, mort en 1910, qui avait ouvert le pays bouddhiste sur le monde extérieur. C'est l'épisode fondateur de la Thaïlande moderne.
Pridi Panomyong institua un système étatique encadré par des lois. Par des accords avec la classe marchande et les politiciens dominant la paysannerie, la cohabitation avec l'autorité monarchique fonctionna jusqu'aux soubresauts politiques de l’impérialisme japonais en Extrême-Orient.
LE "SYSTÈME DÉMOCRATIQUE" DE 1932
Par la suite, le système politique thaïlandais a reflué vers des modèles régionaux d’Asie en passant par divers avatars allant du bouddhisme autoritaire à la dictature militaire plus ou moins meurtrière, puis à une forme passablement occidentalisée de gouvernement, tout en gardant formellement le "pratchatipathai", hérité de la révolution de 1932. Ce système suppose un principe moral supérieur aux institutions et dont le roi Bhumipol Adulyadej monté sur le trône en 1946 en a reconstruit l'édifice.
En l'occurrence, M. Thaksin était accusé par les élites bangkokiennes d'avoir outrepassé les limites implicites quant aux gains personnels dérivés de la fonction gouvernante ; d'avoir confondu l'Etat avec un conseil d'administration d'entreprise ; et d'avoir compromis des années d'efforts de pacification du Sud malais et musulman - un sujet hautement lié à l'autorité royale.
L’une des raisons du coup d’Etat de septembre 2006 réside dans le fait que, après une errance de plusieurs décennies, la pensée politique des Thaïlandais réalise un compromis entre le tropisme régional asiatique et les valeurs démocratiques occidentales tournées vers l’économie de marché. Ce compromis fait que les Thaïlandais n’ont pas de la démocratie une conception idéologique mais pratique. Pour eux, la démocratie n’est pas une fin en soi et vient après le pacte politique issu de la révolution de 1932. De ce point de vue, la continuité essentielle est celle du "pratchatipathai" L'enthousiasme des Bangkokiens pour le coup d’Etat du 19 septembre repose donc sur ce principe de continuité qui autorise l'emploi de la force armée "pour la bonne cause".
Cette alliance entre le roi, les militaires et les clans bourgeois de la classe urbaine dénote d’une inquiétude devant les risques d’évolution inhérente à la politique de Thaksin plus audacieuse socialement ; et qui, si elle devait aller à son terme logique pourrait, en libérant les classes paysannes et rurales des contraintes économiques qui pèsent sur elles, leur donner du même coup du pouvoir politique au risque de déstabiliser le subtil équilibre du pacte politique.
Il va sans dire que ce que les habitants de Bangkok appellent la "révolution classique" ne fait pas l'affaire des couches défavorisées à l'intention desquelles M. Thaksin avait mis en place des programmes sociaux qu'aucun autre clan politique n'avait même ébauchés.
En revanche, pour le gros de la population de Bangkok, la "démocratie" dont M. Thaksin se prévalait était dévoyée puisqu'elle lui permettait de continuer à gérer ses affaires privées en toute impunité et de diriger le pays après avoir de facto perdu, en avril, une élection (par la suite annulée). En outre, M. Thaksin, d'origine chinoise marquée, n'était pas perçu comme un homme du creuset.
Un rapide coup d’œil sur la carte de l’Asie du Sud-est permet de comprendre la primauté du principe de continuité qui justifie le coup d’Etat du 19 septembre. En fait la Thaïlande n’est pas un royaume encerclé de régimes démocratiques, loin s’en faut. Mais la plupart de ses voisins jouissent d’une stabilité politique que peuvent envier certaines démocraties. Qu’ils soient des despotismes militaires, des monarchies constitutionnelles à imprégnation religieuse (bouddhique ou islamique), ou même des dictatures communistes, les pays de l’Asie du Sud-est savent conjuguer prospérité économique et stabilité politique. Or ce qui rend possible cette alchimie improbable sous d’autres cieux réside dans les variantes du même principe de continuité politique ou de soumission à un ordre supérieur plus ou moins négocié et dont l’autoritarisme est souvent la rançon d’un paternalisme éthique. Le Vietnam offre un exemple éclairant.
L’essor économique du Vietnam
Le Vietnam - 83 millions d'habitants, 330 000 km² - pourrait être admis au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), bientôt. Si l'économie du Vietnam est en légère perte de vitesse, elle reste l'une des plus dynamiques d'Asie du Sud-est. La croissance pourrait atteindre 8,13 % en 2006, selon les dernières données du département des statistiques, en légère baisse par rapport aux 8,4 % de 2005. Ces dix dernières années, la croissance a, en moyenne, atteint 7,2 % par an.
Le Vietnam, dont l'objectif est de dépasser son statut de "pays à faible revenu" (875 $ par habitant par an) d'ici à 2010, est encore loin de son but : le revenu par habitant y est aujourd'hui de 620 $ par an.
Cela dit, depuis 1990, le pourcentage de la population sous le seuil de pauvreté, établi à 1 $ par jour, est tombé de 51 % à 8 %, sans s'accompagner d'un accroissement des inégalités. L'indice de Gini, qui mesure les disparités de revenus, est resté stable, à 0,37, contre 0,35 en 1998, selon la Banque mondiale. La baisse rapide du nombre d'habitants vivant sous le seuil de pauvreté a coïncidé avec un transfert massif des travailleurs agricoles vers les autres secteurs : en huit ans, ils sont passés de la moitié de la population en âge de travailler à moins de 40 %.
Dans le même temps, la part des exportations dans la croissance a plus que doublé. Et si les ventes à l'étranger de produits agricoles, voire électroniques, ont baissé depuis 2000, celles du secteur textile ne cessent de gagner du terrain.
La banque HSBC, dans un rapport publié en septembre, estime que les agences de notations financières devraient, dans un délai de six à neuf mois, revoir leur notation à la hausse pour attribuer la note de BB/stable au Vietnam, "en raison de son économie robuste, raisonnablement tournée vers l'extérieur, de sa stabilité politique et de ses avancées en matière de réformes structurelles".
La Thaïlandaise : un pôle économique régional
A l’instar du Vietnam, l’économie thaïlandaise se porte elle aussi très bien. Plus que jamais, et surtout grâce aux efforts du gouvernement, le pays est considéré comme un pôle économique régional. D’une certaine manière, le renversement de Thaksin par l’armée, peut être vu comme la rançon de son succès.
Depuis 2001, le Produit intérieur brut (PIB) de la Thaïlande enregistre des taux de croissance particulièrement soutenus : 6,9% en 2003, 6,1% en 2004 et 4,5% en 2005. La croissance prévisionnelle du PIB pour 2006 est d'environ 5,0%. Le dynamisme de l'économie thaïlandaise repose sur une demande interne robuste (consommation et investissements privés), qui la rend moins sensible que certains de ses voisins aux à-coups de la demande mondiale. Ces bonnes performances ont permis au royaume de s'affirmer comme puissance économique régionale.
L'industrie exportatrice demeure le deuxième poumon économique du pays : la Thaïlande est particulièrement compétitive dans l'industrie agroalimentaire, le tourisme et certaines activités électroniques ; elle attire également de nombreuses multinationales qui se servent de leur filiale thaïlandaise comme base d'exportation régionale voire mondiale.
Grâce à un pilotage fin de sa politique économique, le gouvernement a largement contribué aux performances actuelles. Selon une stratégie baptisée " dual track " (la voie double), le gouvernement ajuste son soutien en fonction de la conjoncture internationale : en période de ralentissement, les dépenses publiques soutiennent la consommation ; en période plus favorable, le rythme des dépenses diminue et le gouvernement peut s'attaquer aux réformes plus structurelles. Cette politique est rendue possible par la situation remarquable des finances publiques : l'élargissement de la base fiscale conjugué à l'augmentation naturelle des revenus (du fait de la conjoncture) va permettre au gouvernement de mettre un terme au déficit budgétaire dès 2003.
Toutefois, pour atténuer l'impact du ralentissement de 2005, les autorités ont mis sur pied un vaste programme d'investissements publics destiné à moderniser en profondeur les infrastructures du pays. Outre un effet positif pour la croissance, ces projets vont naturellement créer de nombreuses opportunités d'affaires.
La Thaïlande a adopté une approche des plus pragmatiques face à la mondialisation. Elle en est partie intégrante et participe activement aux débats au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais afin de consolider son positionnement commercial, le royaume s'est parallèlement engagé dans plusieurs projets régionaux ambitieux qui commencent à porter leurs fruits.
Comme on le voit, deux pays à régimes politiques opposés sous le rapport de la démocratie, peuvent être tous d’égal dynamisme économique ; il va de soi que leur réussite indéniable en la matière ne se justifie pas de l’apparente opposition de leur système politique. Dès lors quelques constats s’imposent :
1. La démocratie n’est pas la condition sine qua non de la stabilité politique, encore moins du progrès économique.
2. La démocratie embrasse une méthode polyvalente, des principes universels, et des valeurs culturellement situées.
3. Chaque culture possède en elle-même un socle de valeurs compatibles avec la méthode et les principes démocratiques.
4. Toute société normée qui atteint ses buts est une société dont l’organisation réalise une pondération efficiente entre les trois éléments du système démocratique que sont la méthode, les principes et les valeurs.
Du coup, il apparaît que dans l’absolu, rapporté à ses composantes et non à son essence, il n’y a pas de société au monde, pour autant qu’elle soit normée, dont le fonctionnement ne participe à quelque degré de la démocratie.
A l’évidence, la norme est d’essence culturelle. Dans les sociétés est-asiatiques, qui sont le plus souvent des monarchies, cette norme se réfère au paternalisme éthique d’inspiration confucianiste qui valorise la discipline, le conformisme et la concertation qui sont autant de ferments du lien social. Or si la démocratie en elle même n’est pas une condition sine qua non de la réussite économique, force est de constater que les sociétés dont les structures sociales et symboliques valorisent la force du lien social sont les plus normées ; par voie de conséquence, ces sociétés sont aussi celles dont l’organisation sociopolitique réalise une pondération efficiente entre les éléments du système démocratique.
Au total, nous autres Béninois démocrates, nous avons raison de nous intéresser au sort des autres démocraties dans le monde, aux vicissitudes qu’elles peuvent encourir mais dans le même temps nous devons aller au-delà des apparences et comprendre ce que recouvrent ces vicissitudes. Ainsi, réaliserons-nous que ce que nous désirons le plus pour notre pays – le progrès, la prospérité, la paix sociale, la justice, le respect des lois – ce n’est pas la démocratie qui nous l’apportera, mais nous-mêmes, notre volonté, l’amour pour notre pays, le respect du prochain, etc. bref tout un ensemble de valeurs que nous devons incorporer. Même si la démocratie n’est pas une fin en soi, eu égard à notre histoire, nous devons veiller sur elle comme sur la prunelle de nos yeux ; dans le même temps nous devons en concevoir une application adaptée à nos valeurs, à nos réalités et en accord avec notre être profond, sûrs en cela que c’est de cet enracinement ouvert sur le monde que dépendra la capacité de notre société d’atteindre ses buts.
Par Bayo ADEBAYO.
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Pieter Willem Botha, qui fut président de l'Afrique du Sud pendant les années 1980, les plus dures du régime ségrégationniste de l'apartheid, est décédé mardi 31 octobre, à 90 ans. Celui qui était surnommé "Groot Krokodil" s'est éteint durant son sommeil, à "Die Ankor", son domicile sis au lieu prédestiné Wilderness, dans la province du Western Cap.
Né en 1916 dans une famille d'agriculteurs afrikaners ruinés, Pieter Willem Botha avait fait des études de droit avant de se lancer dans la politique à plein temps. Ses talents d'organisateur, sa férocité dans le combat politique, furent à l'origine de son ascension rapide au sein du Parti national (NP) au pouvoir, avec une entrée au gouvernement dès l'âge de 42 ans. Peter W. Botha fut à partir de 1966, ministre de la défense. En 1978, il prit la tête du Parti national et devint premier ministre. En 1984, après une modification de la Constitution, il devint président. Son parcours incarna la mainmise progressive de l'appareil militaro-sécuritaire sur le régime sud-africain. Austère et coléreux, amateur de chasse, de pompe et de parades militaires, Botha représentait la force, la poigne du régime raciste blanc, institutionnalisé à partir de 1948.
PREMIERS CONTACTS SECRETS AVEC MANDELA
D'états d'urgence en états d'urgence, les années 1980 furent celles de l’autocratie et de la répression la plus implacable. Pressentant pourtant des changements inéluctables, Botha tenta des réformes timides du régime, comme le Parlement tricaméral (Chambres pour Blancs, Indiens et métis) ou l'abrogation de quelques lois racistes. Il ne réussit en fait qu'à s'aliéner la droite blanche la plus raciste, et à décupler l'impatience de la majorité noire. En 1987-1988, le président approuva pourtant les premiers contacts secrets avec Nelson Mandela, encore en prison. Il le reçut même en 1989, mais une congestion cérébrale la même année le contraignit à démissionner de la présidence. Son successeur pragmatique Frederik De Klerk allait alors piloter la transition démocratique.
Fier de ses racines Boers comme de son bilan politique, Botha
demeura inflexible et sans remords bien après sa retraite politique, refusant de venir témoigner à la Commission vérité et réconciliation (TRC), ou de s'excuser, même en termes vagues et collectifs, pour les violations des droits de l'homme commises sous l'apartheid.
Et pourtant son bilan n'avait rien de reluisant. Sous le règne de l'affreux Dobleyou sud-africain, 20 000 Noirs ont été tués ou emprisonnés. Il y eut des milliers de détentions sans procès, de tortures, d'exécutions par des escadrons de la mort, d'opérations commandos hors des frontières contre les opposants à l'apartheid. Les forces de sécurité fomentaient des violences intra-communautaires, armant et dressant les Noirs les uns contre les autres, détruisaient les propriétés des églises venant en aide humanitaire aux résistants, et bombardaient avec acharnement les pays limitrophes accusés d'abriter des combattant du Congrès National Africain (ANC). A l’instar du climat de violence qui avait prévalu à l’assassinat du leader de la Conscience Noire, Steve Biko en 1977, et en droite ligne de celui-ci, l’intransigeance et le racisme implacable prôné par P W Botha ont contribué à l’embrasement des Townships noires dans les années 80.
Comme le montre hélas la triste actualité du monde, un Dobleyou au pouvoir est, à n'en pas douter, une calamité pour l'humanité. En dépit des propos de courtoisie convenue de certains de ses victimes et opposants d'hier et non des moindres -- Mandela, Holomisa, Mbeki, etc --, il reste que pour l'Afrique du Sud, l'Afrique tout entière et le monde, tourner biologiquement la page du Dobleyou sud-africain n'a rien d'anxiogène, bien au contraire. The man died a dit Wole Soyinka. Not the man, répondrait-on, just a Doubleyou !
Le W est mort, Vive le V de la victoire.
Binason Avèkes
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L’éthique de légitimité
L’idée qui consiste à crier haro sur certains Etats ou nations au motif qu’ils sont en train de mettre au point ou qu’ils disposeraient d’armes suprêmes est pour le moins vicieuse. Elle se base sur l’idée reçue et naturalisée qu’il y a des pays, des cultures, des régimes et des chefs auxquels on ne peut pas faire confiance sous le rapport de l’éthique de la guerre. Mais qu’en est-il de cette éthique ? En dépit qu’il en aie, et malgré les protestations de civilisation des timoniers du monde, la guerre n’a jamais été aussi proche de sa conception primaire d’une action des plus forts contre les faibles. Au nom de principes humains, dont la proclamation reste hélas en deçà de leur réalité, à l’échelle du monde actuel, les guerres sont l’œuvre et les affaires des pays proto-occidentaux, capitalistes, et soi-disant démocratiques, minorité qui puise et épuise les richesses de la terre par soumission directe – inféodation politique, militaire et économique – ou indirecte – subtil endormissement par une nuée d’idéologies bien pensantes – de la grande majorité de ses habitants.
Bien sûr, il y a guerres et guerre. Il y a celles, nourricières du système malsain et sorcier du capitalisme mondial, qui font prospérer dans le sang du monde l’économie de l’armement ; guerres infligées aux pays du tiers monde de part le monde dans un rapport de domination politique à but lucratif, c’est-à-dire conforme à la vision du monde capitaliste, hégémonique et ethnocentrique. Mais il y a aussi le spectre de la guerre entropique à prétention géopolitique – avec ou sans esprit de résistance marqué – qui met en jeu sinon en cause l’ordre idéologique et économique du monde qu’il vise à conserver ou à changer.
Le premier type de guerres qui saigne le monde à petit feu n’est pas celui pour lequel les maîtres du monde montent au créneau. Au contraire, semant derrière elles une ribambelle de victimes, d’atrocités, et de dérives humaines, ces guerres font rage dans tous les recoins du monde, de façon endémique ou sporadique dans une sinistre hypocrisie des meneurs du monde, sur fond de gesticulations des Agences médiatrices passablement internationales soumises à leur volonté et à leur chantage.
Dans l’Ariès des meneurs du monde, c’est plutôt le second type de guerre, espèce unique en son genre, qui suscite une levée de bouclier des dieux de la guerre. Une guerre des « démocrates » et pourquoi ne pas le dire tout net, des Blancs, chrétiens, capitalistes ou proto-occidentaux contre leur contraire. Une guerre dont les victimes exclusives par milliers ont nom : Rwandais, Ivoiriens, Musulmans, Iraquiens, Palestiniens, Asiatiques etc..
Telle est le principe dichotomique de la polémologie que défendent les meneurs du monde ; une situation que leur génie a su rendre si naturelle qu’il paraît évident, d’abord et y compris dans l’esprit dominé des victimes de leur puissance, de considérer comme un attentat à la paix du monde, le fait que certains pays stigmatisés, à l’exclusion d’autres, se dotent ou cherchent à se doter d’armes de destruction massive ou nucléaires.
Mais sommes-nous réellement dans le même monde ? Pourquoi tout à coup ce sens de l’égalité inhérent à l’idéologie démocratique chère au maîtres du monde fait-il cruellement défaut dans ce domaine du pouvoir à l’échelle mondiale ? Pourquoi certains disposent-ils des armes de destruction massive et sont présumés en faire un usage convenable et civilisé là où d’autres, suspectés d’indignité absolue en la matière, sont poursuivis, harcelés, et combattus sur la seule base de la suspicion d’en posséder ou de vouloir s’en doter ? Pourquoi le seul fait de posséder ou de chercher à se doter d’armes nucléaires signifie-t-il ipso facto un risque direct de son utilisation ? Et pourquoi ce risque, pourtant aux retombées mondiales, inquiète-t-il certains plutôt que d’autres ? Qu’est-ce que ceux-là ont à se reprocher sous ce rapport et qui n’inquiète pas outre mesure ceux-ci ? Pourquoi en matière d’armes de destruction massive ou d’arme nucléaire ne juge-ton pas nécessaire de mettre tous les compteurs à zéro ? Quelles sont la légitimité et l’inspiration de l’idée qui veut qu’en la matière il y ait des nations respectables et d’autres pas ? Et comment se fait-il que l’ONU ne se soucie pas de l’égalité stricte de ses membres en matière de sécurité ?
Toutes ces questions nous ramènent à l’éthique de la guerre. Pour autant qu’on puisse parler d’éthique entre groupes humains distincts dont le principe d’interaction tend à l’exclusion des uns et à la domination naturalisée des autres, la question de fond est justement celle de l’éthique. Quelle légitimité se soucie-t-on aux yeux du monde d’accorder à une entreprise guerrière ? Combien de guerres se soucient de l’obligation de légitimité ? Dans un monde où les moyens techniques et moraux de communiquer entre hommes n’ont jamais été aussi développés, force est de reconnaître le paradoxe apparent de la persistance de l’incompatibilité entre logique de guerre et obligation de légitimité partagée.
Les formes primaires de cette incompatibilité sont certes aussi vieilles que le monde. Elles ont été le moteur aveugle de l’histoire jusqu’à un certain seuil. Comme la prostitution ou l’esclavage, elles ont plus ou moins caractérisé les rapports sociaux et humains ; mais à l’instar du sort subi par ces deux fléaux, la modernité occidentale a systématisé leur virulence en leur intimant une organisation implacable qui fonde de nos jours la logique oligopolistique de l’administration de la violence à l’échelle du monde.
Dans un monde voué au culte du progrès force est de constater que l’éthique de la guerre au fil des siècles a évolué dans le sens contraire de la perfection des moyens de destruction massive. Plus que jamais, la raison du plus fort reste la meilleure. Au lieu d’un monde où par l’exemple et la conviction partagée se développe l’idée de la légitimité des guerres, les guerres et leur possibilité sont considérées comme l’apanage du plus fort, ou des groupes disposant de l’armement infaillible. Tout se passe comme si des Extraterrestres ou des dieux venus d’on ne sait où et dotés d’armes incomparablement supérieures aux nôtres auraient raison aux yeux des maîtres du monde d’avoir raison de nous. Comme si a priori nous renoncerions à notre devoir d’expliquer notre droit légitime de vivre et d’être libres. Cette régression éthique, que les gages de civilisation ou de progrès qui fusent de toutes parts ne suffisent pas à occulter, entraîne deux conséquences qui, en interaction réciproque, sont au principe du cercle vicieux de la menace de guerre qui pèse sur l’humanité indépendamment des causes chroniques qui la justifient.
La première conséquence est l’infantilisation méprisante du plus grand nombre de nations et par conséquent de la majorité des hommes et femmes qui les composent sous le rapport du droit à disposer des mêmes armes que les autres. Beaucoup de nations éprises de dignité ne comprennent pas pourquoi certaines sont jugées crédibles de se doter d’armes dont on s’acharne à leur dénier le droit de les posséder elles aussi. Elles s’insurgent contre cette logique de deux poids deux mesures, cette arrogance et ce mépris naturel avec lesquels ceux qui possèdent ces armements incriminés, au lieu de prêcher l’exemple en commençant à les détruire chez eux, s’érigent en arbitres de leur non prolifération, en jouant les censeurs du club fermé des détenteurs civilisés, qui s’opposent aux autres, renvoyés sans ménagement dans la nuit infantile du mépris.
Malheureusement, ce mode opératoire marqué au coin du mépris est l’un des ressorts de la course à l’armement nucléaire aujourd’hui. Dans la mesure où, pour laver leur dignité bafouée, nombre de nations qui se sentent blessées par cette ségrégation autoritaire n’ont de cesse d’en relever le défi à la face du monde !
Par ailleurs, les nations puissantes qui se sont autoproclamées juges suprêmes du droit de disposer des armes incriminées – nations généralement proto-occidentales, chrétiennes et capitalistes – au lieu d’aller dans le sens d’une logique valable pour tous et sans exception de destruction massive des armes de destruction massive, maintiennent leur diktat et s’enferment du même coup dans la paranoïa du vide d’une culture de légitimité partagée. Avec l’idée à peine cachée qu’il n’y a de bonnes guerres que celles qui s’enracinent dans la terre de leurs intérêts égoïstes ; au mépris de la volonté générale des femmes et des hommes du temps présent, de leurs droits légitimes, les maîtres du monde défendent une polémologie conforme à leurs avantages léonins acquis dans le sang et la sueur du monde, et au devoir pour eux sacré de leur transmission mutatis mutandis à leurs descendants. Le fait de frustrer la grande majorité des hommes de leurs droits et besoins élémentaires pour assurer de transférer un rapport de force stable et naturalisé à leur descendance leur paraît conforme à l’intérêt de l’humanité ; une humanité, elle aussi conforme à la définition tragique qu’ils en ont faite depuis des siècles et dont on voit les horreurs et l’affreuse cohorte de victimes chaque jour !
Le refus de concevoir la polémologie sous le rapport d’une légitimité éthique, c’est-à-dire largement partagée, le droit de frapper qui l’on veut quand on veut, sans en référer à la moindre conscience du monde, voilà ce qui motive la nervosité paranoïaque des maîtres du monde ! Voilà ce qui les pousse de nos jours, de l’Iraq à la Corée du Nord en passant par l’Iran à considérer déjà comme un casus belli le seul fait que certains Etats cherchent à se doter de l’arme nucléaire. Comme si ces grandes nations civilisées avaient renoncé non pas au pouvoir de la raison, mais à l’espoir d’une culture de justification raisonnable, d’une éthique raisonnée de la légitimité. Comme si la raison des autres, tenue pour le mal ne pouvait aussi avoir son bien fondé.
Binason Avèkes
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La démocratie solitaire est un euphémisme pour désigner l’autocratie qui jouit de l’aval de la démocratie. Que faire lorsqu’un chef arrivé au pouvoir très démocratiquement, devient autocrate, instaure l’arbitraire, refuse les contre-pouvoirs, enfonce le pays dans la division, la corruption, et la misère en réprimant toute voix dissidente ?
Dans ces conditions, l’intervention d’un putsch apparaît comme salutaire. Paradoxe, alors que l’idée du putsch en elle-même connote une culture antidémocratique qui met à l’honneur la force brute, la violence, l’autoritarisme et le mépris de l’expression populaire, c’est encore par cette voie que la démocratie peut être remise en selle.
Que faire donc pour éviter d’en arriver là ? On ne peut que préconiser l’éthique, le sens de l’intérêt supérieur de la nation, le sacrifice de soi ; la démocratie doit savoir développer les vertus du dialogue et non pas exacerber les passions. Etre majoritaire ne veut pas dire conserver le pouvoir à soi seul, encore moins mépriser la minorité. Cela dit, les circonstances dans lesquelles les coups d’Etat interviennent sont déterminées. Elles dépendent du type de pays, de régime, de société, et de données historiques plus ou moins prégnantes. Les militaires eux-mêmes apparaissent alors comme les bras armés d’ambitions politiques qui les dépassent.
Le cas de l’Espagne est à plus d’un titre révélateur. Dans ce pays où l’écho de la culture politique franquiste et les rémanences de la guerre ont généré une culture résiduelle de l’ordre et une frustration par rapport à la démocratie, les fantasmes de putsch sur fond d’un héroïsme militaire suranné, persistent. Récemment, après l’arrivée au pouvoir de M. Zapatero, le général Mena Aguado, l’un des trois adjoints du chef d’Etat-major de l’armée de Terre, a été limogé pour avoir dans une harangue prononcée à Séville suggéré que l’armée intervienne si le futur statut d’autonomie élargie de la Catalogne dépassait «les limites» de la Constitution.
Evidemment cette rodomontade d’un responsable militaire de haut niveau ne pouvait laisser indifférent dans le pays de Franco ; elle a suscité un véritable tollé dans les milieux politiques et médiatiques dans la mesure où le pronunciamiento est une hantise historique de la culture politique de l’Espagne. Mais à y regarder de près, la rapidité et la sévérité de la sanction ne sont pas étrangères à la dramatique alternance politique intervenue dans le pays, alternance inattendue où le terrorisme a joué une partition sanglante et décisive.
Plus intéressante encore est la situation qui avait présidé aux élections et qui a mis au jour la résurgence des tentations antidémocratiques et la difficulté d’accepter le verdict des urnes. Le 18 mars 2004, le site italien Reporterassociati écrivait qu’un groupe au sein du gouvernement Aznar avait tenté, le 13 mars, de faire adopter un décret déclarant l’état d’urgence, annulant les élections du lendemain et adoptant des mesures de contre-insurrection en Espagne. Le roi Juan Carlos en toute responsabilité refusa de signer, voyant là l’équivalent d’un putsch…
Pour autant, ces péripéties font-elles de la démocratie espagnole une démocratie solitaire ? La réponse est sans ambages non. En effet, à aucun moment de l’histoire récente du pays, et quelle que soit la majorité au pouvoir, on n‘y a décelé les germes ou expressions flagrantes de l’autoritarisme, de la confiscation personnelle du pouvoir. Au contraire la société espagnole et ses institutions politiques connaissent un fonctionnement démocratique globalement conforme au standard des pays occidentaux. En Espagne, pays européen ayant opéré une mue politique et économique radicale en l’espace de quelques petites décennies, force est de faire la part de l’histoire, du drame du terrorisme, et des problèmes soulevés par l’intégration nationale.
En Thaïlande, il en va tout autrement. L'histoire de ce pays depuis 1973 a été une suite de transitions difficiles et parfois sanglantes entre le pouvoir militaire et civil. La révolution de 1973 a été suivie d’une brève et instable démocratie suivie du retour à un régime militaire porté au pouvoir par un coup d’état en 1976. Ce régime militaire a été très instable en raison de multiples coups d’état. Au cour de la plus grande partie des années 80, le général Prem Tinsulanonda a régné sur la Thaïlande avec un mandat démocratique à partir de 1983. Par la suite, le pays est demeuré une démocratie mise à part une brève période sous un régime militaire de 1991 à 1992. Le parti Thai Rak Thai mené par le premier ministre Thaksin Shinawatra a accédé au pouvoir en 2001. Mais le coup d’état du 19 septembre 2006 est un cas typique des conséquences politiques d’une démocratie solitaire.
Thaksin Shinawatra, ancien lieutenant-colonel de police, docteur en criminologie, diplômé de l'Université du Kentucky (États-Unis) est issu d'une famille aisée sino-thaïe de la province de Chiang Mai. En 1987 il crée le Shinawatra Computer and Communication Group, profitant de l'essor spectaculaire de la téléphonie mobile, des liaisons satellite et du boom boursier, il fait rapidement fortune et est devenu aujourd'hui, avec sa famille, la première fortune du pays.
Il entame une carrière politique et gravit rapidement les échelons, député du parti Palang Dharma, puis ministre des Affaires étrangères en 1994. Il devient vice-premier ministre en 1997. Mais son parti explose suite à la crise de 1997. En 1998, il crée un nouveau parti le Thaï Rak Thaï afin d'appuyer son ambition de devenir premier ministre. Son parti remporte les élections législatives du 6 janvier 2001 et le roi le nomme effectivement premier ministre.
Sa politique et ses actions
Thaksin est relativement jeune, dynamique et sait séduire la population. Son programme est assez populiste en façade, à la manière de Silvio Berlusconi, mais les milieux d'affaires ne sont pas oubliés. Comme toujours, les problèmes de corruption et de détournement de l'argent public sont d'actualité en Thaïlande, mais Thaksin arrive à se dépêtrer de diverses accusations. Il montre une volonté d'action radicale et même ses adversaires doivent reconnaître ses succès, bien que ceux-ci soient parfois obtenus avec des méthodes qui lui vaudront le surnom de Thaksinator. Il s'attaque au problème de la drogue, promettant de le régler en six mois, son action se soldera par plus de 2 000 morts dans des opérations de police litigieuses. La crise du poulet est traitée dans une transparence toute militaire. Dans le Sud du pays, il traite le problème des revendications islamiques d'une main de fer. Mais le bilan économique de son mandat paraît positif et sur le terrain social son gouvernement a travaillé à un système de salaire minimal et de sécurité sociale qui lui ont valu une popularité à travers le pays.
Les élections du 6 février 2005
Des élections législatives se sont déroulées le 6 février 2005 afin de renouveler la chambre des représentants. La popularité de Thaksin avait légèrement baissé fin 2004 et ces élections pouvaient sembler indécises. Mais, d'une façon imprévisible, le tsunami du 26 décembre qui a durement frappé la région de Phuket a été l'occasion pour le premier ministre de raffermir ses positions. Il a très bien géré la crise, en étant présent sur le terrain et en montrant l'image d'un gouvernement efficace et actif. Les résultats obtenus par le parti de Thaksin ont dépassé ses espérances et en gagnant 399 sièges sur les 500 de la chambre, il peut se permettre de gouverner sans coalition. Le parti démocrate ne recueille que 80 sièges.
La crise de février-mars 2006
Mais ce succès massif a été interprété comme un sauf-conduit pour l’exercice solitaire de la démocratie. À partir de février 2006, la situation se dégrade pour Thaksin. Accusé une nouvelle fois de corruption et de népotisme, il pense cependant redresser la situation en décrétant des élections législatives anticipées le 2 avril 2006. Les partis d'opposition thaïlandais boycottèrent ces élections pour protester contre le rejet de leurs propositions de réforme politique par le Premier ministre. Le bras de fer a accentué la crise déclenchée par un mouvement d'opinion croissant en faveur d'une démission de M. Thaksin, soupçonné de corruption et d'abus de pouvoir. On en était là jusqu’au 19 septembre 2006...
Donc si les coups d’Etat interviennent dans des circonstances déterminées, mettant en jeu le type de régime, de société et des données historiques plus ou moins prégnantes qui préexistent à la volonté de l’acteur politique, ils dépendent aussi de l’éthique personnelle des hommes d’Etat. Le cas de l’Espagne prouve que les hommes, les personnes peuvent se placer en toute intelligence au-dessus du tropisme historique. En Italie où Silvio Berlusconi a flirté avec le mélange des genres, entre intérêts personnels et dérive autocratique sur fond de populisme insidieux, la démocratie a tenu bon et jamais il n’a été question de coup d’Etat parce que ce type de recours est étranger à la culture politique de l’histoire de l’Italie.
Le cas de la Thaïlande qui défraie actuellement la chronique concentre les inconvénients du cas italien et espagnols. Comme l’Espagne en effet la Thaïlande est une monarchie constitutionnelle, et l’histoire de ces deux pays a été marquée par l’intervention militaire récurrente dans le domaine politique avec comme justification à la fois l’allégeance au monarque et le rappel à l’ordre des valeurs infrangibles. En Asie de l’Est où la politique ne s’est pas encore dégagée de sa représentation autoritaire du pouvoir et de l’ordre conformiste qui donne peu de place aux libertés individuelles, les démocraties ne sont pas légion. Et quand elles existent, que ce soit au Japon ou en Corée, il s’agit d’expériences spécifiques dont les différences de fond avec le modèle occidental sont voilées par la prospérité économique. Thaksin est pour la Thaïlande ce que Silvio Berlusconi est pour l’Italie. Mais contrairement à la Thaïlande, l’Italie n’est pas hantée par le spectre du démon du pronunciamiento, les valeurs de la liberté individuelle y sont enracinées et lorsqu’elles sont mises en danger par des dérives autocratiques, les contre-pouvoirs savent y mettre le holà.
Donc pour éviter les conséquences désastreuses de la démocratie solitaire, il faut revenir aux sources, exorciser les démons du passé ; savoir que l’exigence démocratique ne prévaut pas seulement à l’occasion des élections, mais pendant l’exercice du pouvoir. Les élus et le chef ont aussi leur partition décisive à jouer en sachant trouver le juste équilibre entre conviction et responsabilité.
Par Binason Avèkes.
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Do the right thing !
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Depuis quelques législatures, il apparaît qu’un pays comme la France, héritier des Lumières et de la Révolution, n’a pas de sujet de débat politique sérieux autre que l’immigration. De septennat en quinquennat, l’habitude s’enracine. Lors des dernières élections présidentielles, après que les médias en eurent préparé le terrain sur le thème de l’insécurité, un scénario espiègle savamment élucubré a imposé un schéma électoral sordide où la défense des valeurs républicaines menacées sous l’angle funeste de la peur de l’autre a complètement occulté toute possibilité de débat.
A moins d'un an des élections présidentielles, de nouveau les tréteaux se mettent en place, les ténors donnent de la voix, les virtuoses accordent leurs arguments : chacun se fait prêts pour occuper les positions susceptibles de captiver l’attention de ceux que l’on appelle pudiquement « les électeurs du Front National. » Mais à la vérité ce cannibalisme est un phénomène qui embrasse la société tout entière. La place des immigrés dans le pays, tributaire d’une politique ambiguë, de législature en législature, surdétermine le débat politique, occultant les thèmes classiques devenus inopérants en dépit de leur pressante actualité.
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A l’instar de ces bêtes mortes dont les cadavres servent dans des rituels primitifs à la limite de la puanteur, tout le monde s’acharne sur l'immigré.
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Cet acharnement sur une catégorie vulnérable est d’autant plus perverse que la question sérieuse de son habilitation politique au niveau local est sans cesse renvoyée aux calendes grecques. Il s’agit là d’une question de mentalité aggravée par les zones d’ombre d’une histoire coloniale non expurgée. Enracinée dans l’économie politique du rapport à l’autre – l’Arabe, l’Algérien, le Musulman, Le Noir, l’Antillais, l’Africain, etc. – perçu dans l’amalgame différentiel de son altérité, cette mentalité est entée sur une représentation instrumentaliste de l’immigré. Avant-hier esclave, hier colonisé, aujourd’hui néo-colonisé ou immigré de gré ou de force, la loi de son usage se conforme aux normes mondialisées du marché fluctuant des rapports de force politiques.
Ainsi, même sur le plan politique, faut-il que l’immigré serve à quelque chose. A l’instar de ces bêtes mortes dont les cadavres servent dans des rituels primitifs à la limite de la puanteur, tout le monde s’acharne sur lui. Il va sans dire que cet acharnement sur la figure transactionnelle de l’immigré, cette manière qu’il a d’être saisi à son corps défendant, et pour ainsi dire à bras le corps et périodiquement projeté pieds et poings liés dans l’arène est à la mesure de sa passivité politique. Alors seulement retrouve-t-il sa place naturelle dans les représentations collectives. Que ce soit sur les questions récurrentes de la double peine, de la polygamie, de l’immigration clandestine, du regroupement familial, des quotas, et des mariages mixtes, l’incapacité chronique des gouvernements à mettre en place et conduire des politiques humaines, trahit le parti pris de la passivité politique de l’immigré et la volonté de constituer le sujet de l’immigration en réserve thématique bonne à jeter en pâture à l’appétit angoissé de la société. Et les hommes politiques de tout bord mais avec une subtilité retorse à droite, ont bien compris l’utilisation qui pouvait être faite de cette réserve thématique apparemment inépuisable.
L'usage politique de la représentation de l’autre s’inscrit dans la logique élargie du traitement anxiolytique du politique. Pendant longtemps, l’angoisse collective s’était cristallisée sur la problématique unique de l’emploi ; et comme une idée fixe qu’on a du mal à déloger de l’esprit, sans l’avoir évincée, on y a par un effet d’illusion substitué une autre idée fixe non moins anxiogène. Tout se passe donc comme si, moyennant la modernisation de ses formes, ce n’est que sous l’angle exclusif de l’instrumentalité que le thème du rapport à l’autre est abordé. Et cette médiation est perçue comme sa nature et son destin.
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La suspicion générale qui frappe l’immigré, (...)glisse peu à peu sur tous les aspects de son existence
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La politisation de l’autre comme bouc émissaire des angoisses collectives traduit l’échec cuisant des politiques à répondre aux attentes légitimes des citoyens. Elle a pris naissance au début des années 80 avec l’émergence du personnage de Jean-Marie Le Pen, grand méchant loup censé mettre en pièces le troupeau de la droite classique, avec ses idées générales portées sur la haine de l’autre : l’Immigré, l’Arabe et le Musulman, catégorie opposée au "Français de souche" honnête et dépossédé. Dans un tel discours, au lieu d’être une chance pour la France, l’immigration est perçue et dénoncée comme une colonisation à rebours. Ce discours fit école et ouvrit la voie aux surenchères les plus ignobles. A droite on ne lésina pas sur les formes. Certains hommes politiques en vue et pas des moindres commençaient soudain à sentir les odeurs des immigrés. La banalisation des idées du Front national alla de pair avec sa naturalisation dans le paysage politique français. A gauche on était bien prudent à ne pas accueillir toute la « misère du monde. » Celui dont un ancien Premier ministre socialiste a pu dire qu’aux bonnes réponses près il posait les bonnes questions est peu à peu devenu le point focal virtuel du paysage politique français. Ses idées et ses méthodes ont fait florès ; à droite comme à gauche, elles sont devenues un aspect incontournable de la vie politique française : soit parce qu’elles capturent toutes les énergies rivées contre elles soit parce qu’elles trouvent des émules plus ou moins habiles ou déclarés.
Ces thèmes et thèses ont peu à peu modelé le discours politique sur les immigrés et l’esprit des lois régissant leur vie dans notre société. La suspicion générale qui frappe l’immigré, venu d’abord selon la rhétorique lepenienne voler le pain et la femme du "Français de souche", glisse peu à peu sur tous les aspects de son existence : se marie-t-il à une Française ? Il ne pourrait s’agir que d’un mariage de complaisance visant expressément sinon exclusivement à obtenir un titre de séjour ; souhaite-t-il poursuivre ses études en France ? On le soupçonne déjà de chercher à s’incruster : Qu’est-ce qui est long et dur chez un immigré ? – ce sont bien sûr ses études, nous apprend un trait d’humour populaire ; demande-t-il un regroupement familial ? On y voit une intention douteuse d’immigrer sur fond de mœurs dissolues. Et si la polygamie défraie de nos jours la chronique, ce n’est pas vraiment parce qu’elle choque la pudibonderie vénielle de quelques députés de droite qui feignent tout à coup de la découvrir mais bien parce qu’on y voit un moyen suspect et désordonné d’immigrer.
Ainsi, l’angoisse majeure que suscite l’immigré tourne autour de l’intention qu’on lui prête de subvertir sa propre définition et d’échapper à sa représentation d’ustensile pour devenir à son tour usager sinon jouisseur de la chose publique. C’est face à cette subversion que se dresse la muraille de Chine d’une suspicion sans cesse réactivée, et qui n’a fait que ternir au fil des ans l’image de l’immigré. En l’espace d’une décennie, on est passé de l’ensemencement des idées de Le Pen à leur germination, de la lepenisation des esprits à celle des actes politiques. Ainsi en est-il du séisme du 21 avril 2002 ; et du référendum sur la constitution européenne qui mettait en jeu, faut-il le rappeler, le rapport à la légitimité politique de l’autre par la substitution d’une loi fondamentale à la constitution française. De même la guerre de position que se livrent les deux protagonistes de la majorité de droite au travers de laquelle, chacun selon son style essaie d’être à la fois le plus généreux et le plus méchant envers les immigrés est une illustration de cette suspicion.
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L’histoire a montré qu’à trop s’exciter sur les minorités au point d’en faire la cause des maux d’une société on encourt le risque de tragédies humaines irrémédiables.
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Pendant ce temps, dans une impassibilité générale pour le moins incroyable, le débat politique se rétrécit comme une peau de chagrin. Peu à peu se dessine sous nos yeux incrédules un schéma régressif de la mentalité politique au travers duquel, le rapport à l’autre et notamment la thématique prégnante de l’immigration et ses thèmes sous-jacents comme l’insécurité sont organisés en sujets dominants au détriment de tous les autres. Cette surdétermination du débat politique par la problématique récurrente de l’immigration est hélas le fait des hommes politiques eux-mêmes, en cheville avec quelques médias malintentionnés qui en font leur fonds de commerce. Confrontés à l’échec persistant des politiques de lutte contre le chômage, incapables de répondre aux attentes du citoyen consommateur soumis à l’inquiétude grandissante d’un monde en mutation sur tous les plans – technologique, idéologique, écologique, géopolitique et économique – au lieu de reconnaître leur échec collectif, les hommes politiques préfèrent faire de l’angoisse collective suscitée par celui-ci leur nouvelle raison d’être. Cette volonté d’éluder la crise de légitimité qui les frappe de plain-pied aboutit malheureusement à une prise en otage des immigrés entre d’une part le rejet souvent mal informé de l’autre tenu pour « la cause de tous nos maux » et l’exploitation politique irresponsable d’un fantasme collectif par ceux-là même dont la vocation est de l’éclairer.
Cette régression de la mentalité politique en France est préoccupante non seulement eu égard à sa richesse historique exceptionnelle mais aussi en raison du danger potentiel que recèle la tentation permanente d’utiliser politiquement les minorités passives. L’histoire a montré qu’à trop s’exciter sur les minorités au point d’en faire le sujet central sinon la cause des maux d’une société on encourt à terme le risque de tragédies humaines irrémédiables.
Dans un tel contexte et pour parer à ce danger dont les derniers événements des banlieues françaises offrent une brûlante préfiguration, à nos yeux, trois solutions complémentaires s’imposent de toute urgence.
Tout d’abord, il est urgent de banaliser l’image de l’immigré par une politique humaine et consensuelle qui enterre la tentation de faire de lui le bouc émissaire de la société. Loin du climat démagogique de dénégation qui prévaut, cette banalisation suppose une reconnaissance sans nuance de la faillite des politiques. En toute responsabilité, un devoir d’inventaire s’impose pour réévaluer la finalité du politique dans le contexte actuel du monde. Face à l’effondrement des idéologies et à la mondialisation, cette réévaluation est la condition pour ouvrir la voie à des projets de société viables et maîtrisés. La deuxième solution consiste à bousculer positivement le dogme de la passivité politique de l’immigré et plus généralement des minorités étrangères. Ceci passe par le droit de vote aux élections locales, c’est à dire une ratification de la citoyenneté quotidienne de fait de l’immigré en tant que sujet de droit et de devoir. Cette prise en compte qui est un formidable facteur d’intégration, entraînera une pondération politique relative du statut de l’immigré. Or dans la mesure où le fantasme collectif de l’immigré bouc émissaire prend ses racines dans les représentations locales, il va sans dire qu’une telle pondération ne sera pas sans effets immédiats sur la tentation d’utiliser politiquement son image. Enfin, la troisième solution qui fait cheville avec la deuxième, va plus loin en bousculant cette fois-ci un dogme républicain. Elle s’adresse à tous les Français d’origine étrangère ou assimilés dont l’union peut faire bouger les choses. Au rebours de l’éparpillement de leur représentativité dont l’échec politique est patente, nous pensons qu’une prise de conscience de leur force collective peut être investie dans des conduites politiques plus représentatives de leurs attentes sociales que les beaux discours républicains seuls ne suffisent plus à satisfaire. « Do the right thing !», ce mot d’ordre du cinéaste américain Spike Lee n’a pas perdu de sa pertinence et résume bien l’éclectisme de ces conduites.
Au total le combat pour le droit des immigrés à vivre en paix et dans la légalité incombe à tous mais il est un impératif catégorique de solidarité pour tous les Français d’origine étrangère ou assimilés. Du succès d’un tel combat dépend le nécessaire renouvellement du débat politique en France. La richesse de ce débat est mise à mal par le recours permanent à la figure passive de l’immigré. Pour enrayer cette passivité funeste, force est de s’unir. De ce point de vue, on pourrait sans excès parodier Marx et Engels, façon Spike Lee en disant : « Immigrés de tout le pays : Do the right thing ! »
Binason Avèkes
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Par : Francis AKINDES
Au début des années 90, les pays d’Afrique francophone particulièrement se sont laissés tenter par la démocratie pluraliste. L’euphorie politique a gagné toutes ces sociétés qui y ont placé leur espoir. De gré ou de force, les organes politiques durablement viciés par la logique du parti unique s’y sont recomposés. Dix ans après, le mouvement a commencé par montrer des signes d’essoufflement. Il s’est même perverti. Sur le registre démocratique, vu sous l’angle du mode de rétablissement de l’ordre démocratique et du bilan de l’expérience en elle-même, le Bénin reste un idéal-type. En 1989, ce pays a inauguré un modèle de transition pacifique : la Conférence Nationale. Modèle qui lui valut la sympathie aussi bien des vieilles démocraties que des peuples qui aspirent au même idéal. Il en a d’ailleurs immédiatement récolté les fruits en termes de flux financiers. Des années durant, ce pays a exporté le modèle qu’il était devenu. Mais seulement pour une courte période. Car, progressivement le modèle s’est mué en une démocratie corrompue, unique en son genre et ce, en raison des forces contraires qui l’agitent et le structurent.
Il est logique d’attendre que les changements nécessaires soient impulsés par le haut. Mais deux périphrases du président en exercice, le général Mathieu Kérékou, sont suffisamment éloquentes pour comprendre la logique du désordre apparent : « si vous êtes prêt, je suis prêt ». « Vous me connaissez, je vous connais ». On ne peut mieux exprimer une conscience politique du mal-être collectif et en même temps la fuite de ses responsabilités. Le président n’a jamais vraiment offert les gages d’une quelconque disposition à prendre le risque d’impulser la dynamique du progrès qui fait du développement une entreprise collective à haute portée éthique. Mais ne vous y trompez pas. L’ingénierie politique kérékouïste, faite de ruse et de disqualification de l’intelligence (« intellectuels tarés »), a sa propre rationalité. Derrière une apparence kafkaïenne, cette logique s’appuie sur une ambiguïté et une contradiction sociales dont Kérékou s’accommode fort bien : tout le monde souhaite le changement. Mais personne ne veut prendre le risque de changer ses propres pratiques sociales (« Qui est fou ? »). Le changement incombe à l’autre. Son voisin et non à soi-même.
Tout le monde critique tout pour que rien ne change vraiment dans une société pétrie de peur. Peur de tout : peur de prendre des initiatives, peur d’être différent ou de penser différemment, peur de sa propre ombre, certainement parce qu’elle bouge en même temps que soi, peur de l’autre, peur des têtes qui dépassent. Et lorsqu’une tête dépasse, on la coupe. Une sorte d’égalitarisme niveleur par le bas. Finalement, le serpent se mord par la queue. Résultat : on souhaite le changement sans le vouloir vraiment. Puisqu’on ne s’y engage pas personnellement, on fait tout pour décourager l’autre. On a peur de tout ce qui bouge pour que rien ne change. Si la philosophie sociale et l’histoire consacrent la confiance comme étant le tiers facteur immatériel sans lequel aucun progrès n’est possible, où va alors le Bénin, une société aussi pathologiquement travaillée par la méfiance sociale ? Vers quoi peuvent converger les énergies d’une société minée à ce point par les croyances dans les charges négatives du Vodoun qui tyrannisent maladivement les consciences individuelles et entretiennent jusqu’à un seuil paroxystique la peur dans le corps social. Le ver est certainement dans le fruit. La thérapie peut et doit être sociale, mais aussi et avant tout politique.
Le Bénin est un curieux laboratoire social, une jeune démocratie très fragile en raison d’un ordre social et politique en désarticulation totale avec les exigences culturelles et institutionnelles du progrès. Lequel progrès a besoin d’être accéléré dans un monde dont la vitesse de mutation est exponentielle. Fort de tout cela, mise en perspective, la gouvernementalité kérékouiste, avec son système, doit être considérée comme une parenthèse dans l’histoire politique du Bénin si l’on veut préserver cette société des risques de violence pour cause d’injustice structurelle insoutenable. Il est alors impératif que la culture politique instillée sous Kérékou soit mise à mort. Par conséquent, il est important que le successeur de Kérékou fasse le choix explicite d’être impopulaire. Le choix de l’impopularité, parce qu’il doit s’engager à créer le contre-modèle. Il doit alors réorienter, légiférer, surveiller et punir. Il n’y a d’ailleurs guère d’incompatibilité entre de telles exigences d’arbitrage et un vrai projet démocratique. C’est une condition sine qua non pour restaurer la confiance et la justice dont une société qui veut s’émanciper dans la durée ne peut faire l’économie. Sur cette question, les hommes de médias doivent être particulièrement vigilants. Ils doivent veiller à arracher à chaque candidat à la succession un engagement à générer un contre-modèle de la gouvernance de Kérékou.
En clair, ils doivent tester le degré de sensibilité et la volonté d’appropriation du devoir d’impopularité corrective et justicière des potentiels candidats à la magistrature suprême. Tout candidat qui refuse d’être impopulaire fait implicitement le choix de reconduire la logique du système en place et de fragiliser encore plus la société béninoise en lui faisant courir le risque de lui faire perdre ses maigres acquis au plan démocratique. Les exclus de la galaxie Kérékou attendent beaucoup des élections de 2006. Les gens ordinaires semblent avoir retenu, au Bénin comme ailleurs, que la démocratie permet de changer les hommes à la tête de l’Etat lorsque ceux-ci n’ont pas fait preuve de capacité à améliorer leurs conditions de vie. Les Béninois attendent des mesures correctives vigoureuses en matière de gestion des affaires publiques. Ce sera suicidaire pour la jeune démocratie béninoise qui secrète déjà les germes de la violence si, après 2006, le Bénin s’inscrit politiquement dans la logique : Kérékou est parti. Vive Kérékou.
Par : Francis AKINDES
Professeur titulaire de sociologie, Université d’Abidjan et de Bouaké
© Copyright, Blaise APLOGAN, 2006
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& Nécessité de la fédéralisation
Par Edgard Gnansounou, (ICAD)*
Avec la célébration du 46ème anniversaire de son indépendance le 1er août dernier, le Bénin a ouvert le bal des fêtes nationales du mois d’août qui s’est poursuivi par le Niger, le Burkina, la Côte d’Ivoire, le Tchad, la République Centrafricaine, le Congo-Brazzaville et le Gabon. Ces événements ont donné lieu à de nombreux écrits et de déclarations sur ces pays, leurs gouvernants passés et présents et leurs politiques. Dans son allocution, le Président du Bénin a, pour sa part, rappelé sa vision économique en mettant l’accent sur les atouts de son pays dont « la position géographique en fait une porte d’entrée pour le Nigéria et les pays de l’hinterland et un carrefour naturel entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale ». La vision de Boni Yayi, élu massivement par les Béninois en mars 2006, s’articule en quatre axes stratégiques : la bonne gouvernance ; le renouveau économique ; le développement à la base ; la sécurisation sociale, en particulier en faveur des populations vulnérables que sont les femmes et les jeunes. Il n’y a pas de doute qu’il s’agit là d’une perspective exaltante capable de sortir le Bénin du marasme économique. Toutefois on est en droit de s’interroger sur la relation entre la vision de Boni Yayi et l’indépendance. Le cas du Bénin illustre en fait une tendance générale en Afrique subsaharienne où, dans les discours des chefs d’Etats, le thème de l’indépendance s’efface devant les impératifs économiques et sociaux. Pourtant la célébration de l’émancipation des peuples africains du joug colonial aurait dû fournir l’occasion à nos dirigeants de faire le point sur le chemin qui reste à parcourir sur la voie d’une prise en mains par nos peuples de leur avenir. Faut-il croire que l’indépendance est passée de mode ou qu’elle est un événement bien circonscrit dans le temps, la naissance des nouveaux états et leur reconnaissance par la Communauté internationale ? Quelle est en 2006 la valeur de l’indépendance dans nos pays ? Sommes-nous collectivement disposés à en payer le prix ? Nos politiques nationales sont-elles inspirées par le génie de nos peuples ou sommes-nous à la remorque des « partenaires au développement » ? L’indépendance et le bien-être L’indépendance est-elle une condition nécessaire pour être heureux ? Haïti est le premier pays « noir » jouissant d’une souveraineté nationale, la première nation indépendante « noire ». Elle a en effet acquis son indépendance en 1804. Malgré plus de deux siècles d’exercice (par intermittence il est vrai) de la souveraineté nationale, nos sœurs et frères Haïtiens restent une des populations les plus pauvres du monde, placés au 153ème rang sur 177 pays au classement 2005 du développement humain. En revanche, les pays tels que la Guadeloupe et la Martinique, restés dans le giron français ont un revenu par habitant de loin plus élevé qu’Haïti. En 2006, aussi bien les Haïtiens que les autres Antillais des DOM-TOM vivent sous une forte dépendance même si le niveau de vie des seconds est incomparablement plus élevé. S’il suffisait d’être riche pour être heureux, sans doute que les Haïtiens regretteraient d’avoir si longtemps été « indépendants » ! Cependant c’est oublier qu’alors que l’Haïtien peut être fier d’avoir son pays à lui, l’Antillais en France métropolitaine aurait quelques raisons de se sentir emprunté dans sa condition française. Il n’est pas souvent considéré par beaucoup de ses compatriotes comme un Français ordinaire. Mais ceci ne suffit sans doute pas pour que la majorité des Antillais deviennent favorables à l’indépendance ! Devenir indépendant quand on est Antillais, c’est renoncer aux avantages sociaux de l’Etat providence français et aux aides importantes de l’Europe. Pourtant, ce choix en faveur de l’indépendance a été fait par certains mouvements et partis politiques antillais, en connaissance de cause. D’autres Antillais sont cependant fiers d’être Français au nom d’idéaux universalistes inclus dans la Révolution française. D'autres encore ne se posent tout simplement pas la question et se contentent de faire bonne fortune des conditions qui leur ont été léguées. Quant aux Haïtiens, malgré l’état de déliquescence de leur Nation, ils sont sans doute très majoritaires à refuser farouchement d’être recolonisés ! Mais ne le sont-ils pas déjà dans les faits, de manière insidieuse ? L’indépendance est la volonté et le pouvoir de décider de son avenir, de manière souveraine. Elle a un grand prix, celui de la responsabilité de décider pour et par soi-même. Pour un être qui aspire à la liberté, l’indépendance est un projet qui participe du bien-être. Pour une personne qui se résigne à la servitude et à l’humiliation, ou qui simplement ne s’en émeut guère, l’indépendance n’est d’aucun apport, seule compte la prospérité même si elle peut être le fruit de la pitié et de la commisération. En choisissant de devenir indépendants, les pays africains ont opté pour la prise en charge de leur destin par leurs propres peuples. Mais avaient-ils pris la juste mesure de ce choix et sont-ils aujourd’hui disposés à en payer le prix ? L’indépendance ne doit pas être réduite à sa dimension symbolique. Ni Haïti ni aucun pays de l’Afrique subsaharienne à l’exclusion peut-être de l’Afrique du Sud n’exerce aujourd’hui pleinement sa souveraineté nationale. La dépendance économique de ces pays et les déficiences de leurs ressources humaines limitent gravement le pouvoir de leurs peuples à décider par eux-mêmes de leur destin. Mais est-ce une raison pour laisser émousser la volonté d’autonomie ? La commémoration par de nombreux pays africains du 46ème anniversaire de l’accession à la souveraineté nationale fournit l’occasion d’une réflexion sur le sens à donner en 2006 à notre indépendance. Le sens de l’indépendance L’indépendance signifie que nous avons choisi d’être collectivement responsables de notre avenir. Ceci a différentes implications : - au plan économique, nous devons définir par nous-mêmes notre propre programme de développement, certes en coopération avec nos partenaires mais pas en sous-traitant les programmes-cadres prédéfinis pour nous par les « donateurs » et leurs consultants ; nous ne devons pas choisir de vivre au-dessus de nos moyens et dépendre des dons pour boucler nos budgets ; les aides doivent servir exclusivement à renforcer nos propres capacités à nous prendre en charge ; - au plan politique, nous devons apprécier collectivement les défis et les principaux enjeux qui imposent de réunir un consensus suffisant au sein de la société et de consacrer l’effort commun aux objectifs choisis ensemble ; - au plan social, nous nous devons de définir les modalités de redistribution des revenus et parvenir à un pacte en relation avec les standards sociaux à satisfaire et les échéances correspondantes. Lors de leur accession à l’indépendance, les pays africains avaient signé de nombreux accords d’assistance avec les anciennes métropoles coloniales qui limitaient leur propre capacité d’initiatives et instauraient des relations de nature paternaliste. Les « enfants » qu’étaient les nouvelles nations indépendantes devaient encore apprendre de leurs « pères ». Mais pendant combien de temps était-ce nécessaire ? Ce qui au départ revêtait un caractère pragmatique, a acquis une dimension structurante. Les réseaux d’affaires y ont beaucoup aidé, vidant l’indépendance de sa substance et la réduisant à sa plus simple expression symbolique. Etant donné l’effort herculéen qu’il faudrait consentir pour devenir véritablement indépendant, on peut se demander si de nombreux dirigeants africains n’ont pas choisi la voie moins exigeante de la dépendance permanente. La justification que beaucoup donnent à ce choix implicite est qu’avec la mondialisation et l’interdépendance des économies, l’indépendance serait devenue une valeur surannée qu’il conviendrait néanmoins de fêter par respect de la tradition et pour inciter la population au patriotisme. Que représente aujourd’hui l’indépendance pour la jeunesse africaine qui n’a pas connu la colonisation et n’a vécu que la dépendance et les plans d’ajustement structurel ? L’indépendance doit-elle se limiter à un événement à commémorer chaque année, comme le 14 juillet en France, par un défilé militaire, un discours présidentiel et un entretien accordé par le Président de la République à la presse audio-visuelle ? Ne devrions-nous pas faire de cette commémoration une étape plus signifiante pour nous-mêmes, un rendez-vous annuel sur notre marche vers une véritable émancipation ? Indépendance et mondialisation La discussion autour de l’indépendance renvoie aujourd’hui à la mondialisation et à la limitation qu’elle impose à l’exercice de la souveraineté nationale. L’importance des flux monétaires internationaux et la dématérialisation de l’économie, la globalisation des transactions et de leurs effets, les délocalisations et relocalisations des industries et le poids des entreprises transnationales feraient voler en éclats les frontières nationales. Le monde serait entièrement globalisé sous la férule de big brother et de ses affidés. Selon les nouvelles valeurs qui découlent de cette vision, toute volonté d’indépendance est assimilée au nationalisme le plus rétrograde ou à la démagogie souverainiste. Une analyse plus fine de la situation conduit cependant à davantage de nuances. La globalisation est compatible avec un certain niveau d’autonomie des nations. Celles qui s’organisent pour se doter d’un marché intérieur de dimension critique, parviennent mieux que les autres à acquérir l’autonomie qui fait d’elles des entités viables alors que les pays africains du fait de leur fragmentation excessive sont très affaiblis et ne peuvent valablement négocier la répartition des richesses au niveau mondial. Le cas des négociations sur le coton dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) montre bien la fragilité actuelle des pays africains et leur extrême faiblesse dans un environnement international dominé par les grands pays. Dans ce cas, pour une fois les pays africains avaient un avantage compétitif comparés à l'Amérique et à l'Europe et étaient en position de réclamer de ces grands blocs l’application des règles de libéralisation du commerce international qu'ils ont eux-mêmes érigées en dogme. Pourtant, malgré les déclarations d'autosatisfaction faites par les uns et les autres à l'issue de la 6ème Conférence ministérielle de l'OMC à Hong Kong en décembre 2005, il faut bien admettre que les pays africains sont repartis quasiment bredouilles. Comment cela aurait-il été autrement quand 54 pays africains faibles de leur nombre et de leur pauvreté doivent négocier avec l'Europe solidement représentée par un seul négociateur, comme le sont les autres grands pays tels que les USA, la Chine, le Japon, l'Inde, le Brésil? La fragmentation excessive de l'Afrique constitue aujourd'hui un handicap sérieux qui requiert un engagement bien plus osé et hardi que les démarches trop administratives d'intégration en cours au niveau sous-régional et continental. Sans bouleverser les cadres existants, il s'agit de les dynamiser en hâtant l'intégration politique effective pour atténuer certains facteurs qui constituent des obstacles aux processus en cours. Mais l'intégration politique, pour être viable doit procéder d'une construction progressive de proximité, sans tapages, avec les pays qui sont prêts à l'embarquement, tout en ménageant la possibilité pour les autres d'intégrer le navire plus tard. Prenons par exemple les 15 pays de l'Afrique de l'Ouest regroupés au sein de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Théoriquement, cette Communauté présente les caractéristiques d'une union totale avec la suppression entre les pays membres des droits de douane sur les matières premières, une réduction des droits de douane pour les produits industriels, une mise en place dans un avenir indéterminé d'une seconde zone monétaire pour les pays non membres de l'UEMOA et la recherche d'une convergence des politiques macroéconomiques nationales. Dans la réalité, de nombreux obstacles empêchent la réalisation effective de cette union parmi lesquels le poids démographique et économique du Nigeria n'est pas le moindre. En effet, avec 126 millions d'habitants, le Nigeria représentait en 2003 la moitié de la population de la CEDEAO (248 millions). La deuxième moitié est très inégalement répartie entre les 14 autres pays parmi lesquels seulement deux avaient une population supérieure à 15 millions en 2003 (Le Ghana, 21 millions et la Côte d'Ivoire, 18 millions). Pour chacun de ces 14 pays, la réalisation d'une union totale signifierait une perte importante de recettes fiscales issues des droits de douanes, sans la garantie suffisante d'une bonne péréquation une fois que l’union sera réalisée. Par ailleurs, les facteurs réels et potentiels d'instabilité au Nigeria ainsi que l'image extérieure de ce grand pays miné par la corruption ne sont pas de nature à rassurer les autres alors même que le Nigeria constitue un des atouts majeurs de l’avenir de la sous-région. Enfin, chacun des pays pris isolément a des échanges commerciaux tournés davantage vers l'Union Européenne que vers les pays voisins. Voilà autant d'éléments qui contribuent à entretenir un énorme fossé entre les grandes ambitions et la réalité. Cependant il est clair que la faiblesse démographique et économique de chacun des 14 pays limite fortement la taille des industries qui peuvent s'y implanter alors même que les blocages vers une véritable union économique empêchent ces industries de tirer parti de l'ensemble du marché de la CEDEAO. Une manière de débloquer cette situation est de limiter la fragmentation au sein de la Communauté en favorisant l'émergence d'autres fédérations à côté de celle du Nigeria tout en poursuivant l'objectif d'une union totale au niveau de la sous-région. Dans des articles précédents j'avais proposé la création de deux nouvelles fédérations: celles du Golfe de Guinée et du Sahel. La première réunirait les pays suivants: Bénin, Togo, Ghana, Côte d'Ivoire, Guinée, Guinée Bissau, Cap-Vert, Liberia et Sierra Léone. La deuxième comprendrait le Niger, le Burkina Faso, le Sénégal, la Gambie et le Mali. Ces deux nouvelles fédérations réuniraient respectivement 72 et 51 millions d'habitants en 2003 puis 92 et 72 millions en 2015 année au cours de laquelle la population du Nigeria aura atteint 160 millions. Le pari d'une telle fédéralisation est de construire des unités de base plus solides, les trois fédérations, disposant chacune d'un marché intérieur potentiellement viable, permettant ainsi de rendre la compétition économique plus efficace dans chacun de leur espace et au sein de la CEDEAO en gestation trop lente et qu’il faudrait dynamiser. Le préalable à une telle fédéralisation est le partage d'une communauté de valeurs démocratiques et éthiques telles que la laïcité ainsi que l'harmonisation des politiques économiques, fiscales et sociales. La construction ainsi proposée pour l’Afrique de l’Ouest est aussi valable pour les autres sous-régions africaines : approfondissement de la démocratie dans chaque pays par une décentralisation efficace, fédéralisation des pays pour atteindre une dimension critique, dynamisation des unions sous-régionales par les fédérations. L’Union africaine reste un idéal à atteindre dont la concrétisation ne sera cependant pas probante sans la réalisation effective des unions sous-régionales. Toute union politique au niveau continental restera sans impact significatif si les fondations à la base ne sont pas solides. Sans un sursaut pour prendre en mains la construction africaine de manière rationnelle, en dépassant les nationalismes étroits, nos pays pourront continuer à se plaindre de leur impuissance à résoudre leurs problèmes de développement socio-économique. Ce ne sera pas la faute de la mondialisation mais celle de la prépondérance chez nous des symboles sur la réalité. La voie qui mène à l'émancipation passe aujourd'hui et demain par la fédéralisation. L'Union Européenne l'a bien compris, elle qui a su franchir de nombreuses inimitiés entre certains de ses membres pour construire une confédération et renforcer ainsi le pouvoir de négociation de chaque pays Européen au niveau mondial. Mais souhaitons-nous toujours cheminer vers une indépendance véritable? Plaidoyer pour une indépendance véritable Il n’est pas futile de chercher à convaincre aujourd’hui de la valeur de l’indépendance véritable qui dans le monde contemporain signifie l’accession à un degré suffisant d’autonomie. Une autonomie qui ferait de nos pays des partenaires fiables et crédibles pour les autres nations. La tendance qui domine au sein de nos élites et des « donateurs » est de considérer que seule devrait compter la bonne gestion ou encore la bonne gouvernance économique dans chaque pays pris isolément. On ne saurait nier l’importance de la bonne gestion des affaires publiques, de l’amélioration des performances de l’administration. Mais comme on l’a vu avec les DOM-TOM, la bonne gestion n’implique pas forcément l’indépendance. En réalité, la quête de l’indépendance véritable exige la mise en mouvement de l’ensemble de nos sociétés. Le volontarisme le plus forcené d'un Président de la République ne suffirait pas ! L’horizon politique présidentiel et encore moins celui des gouvernements ne permettent pas à ces institutions toutes seules de trouver des solutions durables aux problèmes auxquels nous sommes confrontés, problèmes qui sont de nature à s’aggraver à long terme. Nos sociétés doivent se mobiliser, toutes ensemble, sereinement et dans la durée autour d’une stratégie partagée. De ce point de vue, la perspective de l’indépendance véritable est le seul gage de succès durable que nous pouvons nous donner dans notre quête collective d’un épanouissement. Nous devons alors nous convaincre d’un certain nombre de faits : - si les problèmes de nos pays étaient similaires à ceux d’une entreprise, il aurait suffi à nos dirigeants d’avoir les meilleurs conseillers techniques ; or malgré toute l’assistance dont ils ont pu bénéficier au cours des décennies précédentes, nous tournons en rond ; il faut croire que la quête de l’épanouissement est une problématique plus complexe ; - il n’existe aucun pays au monde, ni le Chili, ni la Chine, ni a fortiori les pays industrialisés, qui ait réussi à réaliser l’épanouissement de sa population en sous-traitant les programmes pensés par les « donateurs » aussi désintéressés soient-ils ! - l’attitude la plus saine est de compter d’abord sur nos propres capacités d’initiatives et de faire appel aux partenaires uniquement dans le cas où leurs actions contribuent à la réalisation de nos objectifs stratégiques. Cependant, la technocratie qu’on nous concocte un peu partout, au risque parfois d’entorses à la démocratie comme ce fut le cas au Togo, cette technocratie n’est pas sans intérêt. Elle est plus prometteuse que les oligarchies politiques fondées sur l’incompétence et le fait du prince ! La technocratie peut résoudre des questions ponctuelles dans les limites d’un mandat présidentiel et permettre une réélection, mais elle est incapable de parvenir à insuffler un développement socio-économique robuste. L’approche purement pragmatique est insuffisante pour produire les effets durables que nos peuples sont en droit d’attendre. La mise en mouvement de nos sociétés suppose une véritable ambition politique, au sens le plus noble du terme, et une stratégie pour la réaliser sans précipitation, une stratégie qui fasse une place prioritaire aux forces sociales, au génie du peuple, sans populisme, sans démagogie, ni dogmatisme. Pour devenir prospère, il n’est pas besoin d’être grand, des pays tels que la Suisse, Luxembourg et d’autres l’ont bien montré. Chacun de nos pays peut mettre en place sa vision économique pour s'en sortir tout seul. Ceci peut marcher un moment mais cette prospérité peut-elle être durable si les pays voisins restent pauvres? Tirons les leçons de l'exemple de la Côte d'Ivoire ; elles nous montrent la grande vulnérabilité d'un tel modèle. Le modèle « champignon » plie avec le temps sous le poids de la pauvreté environnante et laisse la place à la xénophobie et à la guerre civile pour le contrôle de la richesse nationale. Il appartient donc aux sociétés civiles de nos pays de lancer de vastes mouvements pour dépasser les nationalismes qui font les affaires d’une partie des élites dirigeantes en mal de leadership mais si peu celles des peuples. Cependant, les fédérations ne pourront pas se construire contre les nations. Il s'agira en réalité de mutualiser certaines fonctions et activités entre les nations fédérées en laissant par exemple aux gouvernements nationaux l'approfondissement de la gouvernance politique et économique à la base. Ainsi, si en 1960 l'indépendance signifiait l'émancipation par rapport à la colonisation, en 2006, il s'agit davantage de rechercher le degré suffisant d'autonomie qui nous permettra de décider de notre avenir par nous-mêmes dans un monde de plus en plus complexe. La stratégie de la fédéralisation progressive se révèle ainsi comme une alternative raisonnable au souverainisme autarcique inefficace et à la dépendance résignée et humiliante. Elle reste compatible avec l'utopie des Etats-Unis d'Afrique si chère au panafricanisme, tout en procédant d’une manière progressive et concrète. Cependant la fédéralisation ne constitue pas une fin en soi mais un moyen, le meilleur, pour réaliser un programme économique ambitieux qui conduirait les pays africains à ajouter de la valeur à leurs matières premières plutôt que de continuer à geindre dans le rôle que la Communauté internationale semble leur avoir réservé, celui de fournisseurs de produits de base demandés par les autres régions du monde pour leur propre développement, celui de victimes expiatoires de la détérioration continue des termes de l’échange.
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